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Haikus... Tankas...

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Création d'un FORUM
 
Naissance du forum "Chaque être est un univers", ici à cette adresse :
 
 
Créé en collaboration avec Feuilllle (dont je vous invite à visiter le Blog – voir lien dans la liste à gauche). Tout nouveau, il n'y a pas grand-chose encore, tout juste référencé... il ne demande qu'à vivre et à grandir. Chacun y sera le bienvenu.

Et puis, j'ai mis de l'ordre dans les articles, au niveau de la présentation... ça faisait un peu fouillis ! Quoique… je me demande si c'est mieux maintenant ! On verra bien à l'usage.
Alors maintenant, voyons ce que ce Blog vous offre :

 

Jamais Claire n’avait envisagé qu'il lui serait si difficile de persuader Rose de la suivre.
Elle s'évertuait depuis une longue et patiente demi heure à démontrer que, du fait d'une tâche - très importante ! - à remplir au bout de leur séjour, chacun, à Ouessant, devait - absolument ! - ignorer pour qui elle travaillait.
Si elle se faisait connaître en tant qu’employée Clériac, toutes les portes se fermeront devant elle et dans le métier qu’elle exerçait, la surprise était un atout majeur.
Grâce à Rose les choses seront plus faciles : Rien de plus simple, pour brouiller les pistes, qu’imaginer une vieille amie de Monsieur Clériac, à qui ce dernier aurait ouvert sa maison ! Et elle, Claire, se voyait très bien tenir le rôle de « demoiselle de compagnie ». L’idée n’était-elle pas amusante ? Surtout à leur époque !
Qui s'y tromperait ? Et pourquoi pas ! Et puis, Rose avait beau jeu de prendre un air offusqué en évoquant de possibles ragots. Elle n’était qu’une cachottière : à qui pourrait-elle faire croire qu’une telle situation n’avait rien pour la séduire ?
- Tu me connais donc si bien ?
- Rose, puis-je vous poser une question ? Très indiscrète, je vous préviens.
- Comme toute question… Je t’écoute.
- Pourquoi ne vous êtes-vous jamais mariée ? Vous êtes toujours ravissante aujourd’hui, et tout au long de votre vie, vous avez dû affoler l’esprit de pas mal d’hommes !
- J’ai tout simplement perdu celui qui m’était destiné et je n’ai jamais rencontré quelqu’un capable de me le faire oublier. Sans plus.
- Il vous a quittée, vous aussi... s’exclama Claire. Pardon ! Je ne voulais pas... se reprit-elle, confuse.
Mais Rose souriait… Loïc ! La quitter volontairement, lui ! Non... il n’avait rien fallu de moins qu’une guerre pour le lui enlever ! Un de ces fléaux barbares que sait si bien engendrer l’humanité, une tourmente aveugle, très loin, hors de France...
Ils s'étaient rencontrés trop tard ! Trop pour rompre un engagement signé comme ça, sur un coup de tête. Et il était si jeune ! Bien trop pour avoir l’expérience des batailles… ou avoir appris la méfiance.
- Alors… Il est… il est… murmura la jeune femme.
- Oui, ma chérie, il est tombé à la première balle qui a croisé sa route.
- Et vous lui avez été fidèle depuis ! C’est… beau !
    Rose secoua la tête. Fidèle à un souvenir ? Sans doute, d’une certaine manière, par le cœur, par l’esprit. Pour le reste... C’était bien suffisant, non ? D’ailleurs, Loïc n’aurait jamais accepté qu’elle refuse la vie, et elle ne lui avait rien enlevé, bien au contraire.
- Vois-tu, il me semble que les… les autres… n’ont fait que me le rendre plus important pour ne pas parvenir à... Hé ! En voilà assez ! Je vais finir par dire des bêtises à force de te raconter tout cela... s’interrompit la vieille dame, rougissante.
- Ainsi, aucun n’est parvenu à vous le faire oublier ? Insista sa jeune amie.
Rose se laissa aller contre le dossier du fauteuil. Le regard humide de ses yeux délavés par les années se promena un instant sur les murs de la pièce. Des murs entièrement recouverts de photos miroirs d’un fantôme omniprésent, de feuilles de papier froissé et jauni porteuses de phrases mille fois lues et relues parce que écrites par une main adorée, de cartes postales témoins de villes aux immeubles hier détruits et désormais reconstruits mais aux mêmes pavés foulés d’un pas familier, de fleurs séchées humbles reliefs de modestes offrandes reçues comme présents royaux et religieusement conservées, de tickets de cinéma déclinant des titres de film les ayant fait rire ou pleurer à l’unisson, de programmes de spectacle paraphés de glorieuses signatures et dédicacés à deux noms ainsi à jamais liés, d’un châle qu’il disait aimer lui voir porter, vestige de dentelle effilochée qu’elle n’osait même plus dépoussiérer tant la trame en était fragile, comme verre filé.
Sa vie entière s’étalait, là, autour d’elle, épinglée à même une tapisserie fanée. Rien d’enfoui dans un obscur et secret tiroir, tout et toujours immédiatement accessible.
- Oublier ? Oublier quoi ? Murmura-t-elle. Peut-on s’oublier soi-même ? J’aime Loïc autant, sinon plus, aujourd’hui qu’hier. J’ai connu le meilleur du bonheur avec lui, tu sais. Alors… après... Si j’avais vécu le pire, s’il m’avait blessée, j’aurais pu espérer, poursuivre une quête, mais ainsi... Il est vrai que, en effet, d’une certaine manière, je suis restée prisonnière de mon passé. Même si volontairement. Alors que toi… Toi, Claire, tu as la vie devant toi. Assura-t-elle tranquillement.
- Moi ? Peut-être. Je m’en veux, vous voilà chagrine !
- Pas du tout ! Ma vie a été belle jusqu’ici !
- Tant mieux ! Bon… alors, pour Ouessant ? C’est oui, Rose ? Vous acceptez de me suivre, les yeux fermés, et vous vous hâtez de préparer vos valises !
- Hé bien, soit ! Mais les yeux fermés... c’est vite dit. Je n’ai aucune envie de me priver d’admirer tous ces beaux endroits. C’est d’accord, mais à une condition : ne pas prendre l’autoroute !
- L’autoroute ?
- Tu y rouleras bien trop vite !
- Et vous enlever ainsi plein de jolies choses à contempler ? Pas question !
Elles étaient en vacances ! Précisa Claire, ce qui signifiait tout loisir de flâner. Et puis... que dirait Rose de prendre la direction de Dieppe et de rejoindre l’île d’Ouessant en suivant la côte, en passant par Etretat, et... ses falaises ?
- Les falaises ? Pour moi ?
Et le Mont-Saint-Michel... et tout ce qu’elle voudra... Dès demain, samedi. Pas question d’attendre jusqu'à lundi, ce qui leur donnera deux jours entiers pour en découvrir davantage.
Et Claire qui se laissait aller à rire pour un rien, seulement d’entendre Rose énumérer l’indispensable à leur déplacement, imaginant le coffre de son véhicule se faire extensible, se dilater à volonté, devenir montgolfière.
Ce repos, finalement, elle devait reconnaître qu’il lui était nécessaire.
Ne serait-ce que pour lui rendre le goût d’une certaine insouciance.
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