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Haikus... Tankas...

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Création d'un FORUM
 
Naissance du forum "Chaque être est un univers", ici à cette adresse :
 
 
Créé en collaboration avec Feuilllle (dont je vous invite à visiter le Blog – voir lien dans la liste à gauche). Tout nouveau, il n'y a pas grand-chose encore, tout juste référencé... il ne demande qu'à vivre et à grandir. Chacun y sera le bienvenu.

Et puis, j'ai mis de l'ordre dans les articles, au niveau de la présentation... Ã§a faisait un peu fouillis ! Quoique… je me demande si c'est mieux maintenant ! On verra bien à l'usage.
Alors maintenant, voyons ce que ce Blog vous offre :

 

Huit heures : sacs, bagages et le nécessaire pour Moustache et Mâtine, tout était rangé à l’arrière de la nouvelle automobile de Claire dont elle avait finalement pris livraison la veille, après son entrevue avec son employeur.
Sa première folie, un coup de foudre devant la ligne d’un coupé Mercedes, une extravagance luxueuse mais discrète par la couleur grise. Un peu de patience et elle pourra prendre la mesure de ce que la jolie carrosserie dissimulait sous le capot avant.
La jeune femme attendait Rose qui, soucieuse de ne rien laisser au hasard, vérifiait les derniers détails dans son appartement, surtout l’eau et le gaz. Elle, en revanche, n’avait pas achevé de ranger les derniers vestiges de son déplacement sur Nancy. Pas assez de temps pour cela, surtout aucune envie !
Elle avait changé ! Au fil du temps, si elle avait acquis une relative sérénité, elle était devenue également plus exigeante. Dans la recherche d’un certain confort, celui qu’elle retrouvait à chacun de ses retours dans son appartement sous les toits. Un de ceux où il était encore possible, à Paris, d’allumer un vrai feu dans une vraie cheminée, devant lequel il était agréable de se laisser aller à la nonchalance, lovée dans un vieux fauteuil, jusqu'à oublier la vie de l’extérieur.
Plus exigeante dans l’élaboration d’un décor, celui qu’elle ciselait, jour après jour : un écrin pour elle seule, et ses deux compagnons. Elle réalisa soudain que, en dehors de Rose, personne n’y avait jamais été admis. Que ce lieu demeurait inconnu de tous. Au cÅ“ur même de la capitale : une île déserte, son refuge !
Peut-être son amie avait-elle raison en lui affirmant qu'elle avait déjà connu le pire et que l’avenir désormais ne pouvait que lui sourire.
Folle ! Elle devenait complètement folle ! Tout se hérissa en elle. Après le mal qu’elle avait eu à se reconstruire, à se préserver des autres, au nom de quoi oserait-elle risquer de se laisser prendre dans un piège stupide ? Et s’offrir, une fois de plus, aux coups comme un animal soumis et fragile, acceptant l’idée de son propre sacrifice ?
Seule, oui, elle l’était ! Mais cette solitude, même si elle lui pesait quelquefois, elle la connaissait, elle l’avait apprivoisée, domestiquée, au point de ne plus rien en redouter de cruel.
Thomas... un prénom qui n’éveillait plus de douleur en elle.
Elle avait fui sa maison, ses parents, mais lui, Thomas, elle l’avait guetté longtemps, espérant que le hasard allait enfin le remettre sur sa route, sans savoir pourquoi ni dans quel but. Et à chaque fois surprise de se découvrir capable de rancune, et pire encore : de haine.
Qu’espérait-elle ? Lui rendre la vie aussi rude que ce qu’elle l’avait vécue ? Elle voudrait avoir oublié, complètement. Même un certain fait dont elle n’était pas fière. Qui ne lui avait laissé aucun remord, sinon une profonde et constante amertume quand elle l’évoquait. Elle ne voulait pas y penser, il était trop tard pour y changer quoi que ce soit, et elle ne le souhaitait pas non plus, elle n’agirait certainement pas autrement aujourd’hui.
Sur le siège arrière, Mâtine était en boule dans son panier, ses yeux dorés à demi fermés, obstinément boudeuse. Elle n’aimait pas les changements ? Eh bien, ce n’était pas le seul ! Elle allait en voir d’autres, et pas des moindres. Quant à Moustache... combien de temps avant de trouver sa place ? Il dédaignait le nouveau plaid, rouge et noir, acheté pour lui et cherchait sa vieille couverture. Que Claire avait oubliée dans l’autre véhicule, dernier vestige de son passé. Ce cabot têtu devra faire avec.
Rose arriva, élégante jusqu’au raffinement ! Il était impensable pour Claire être aussi petite qu’elle, un jour, mais elle aimerait tellement lui ressembler à son âge. Il y avait bien plus de jeunesse dans cette vieille demoiselle que dans tous les êtres qui avaient croisé sa route jusque-là. Rose ne marchait pas, elle sautillait, du vif argent, et elle savait rire... de tout et surtout d’elle-même.
- Eh bien, nous ne partons plus ? S’exclama cette dernière, gaiement en se posant sur le siège fleurant bon le cuir neuf. Tout est en ordre là-haut. Et j’ai vérifié chez toi également, tu avais omis de fermer la fenêtre de la salle de bains !
- Comme à chaque fois, reconnut Claire ! S’il n’y avait que cela... Alors, pas de regret ?
- Aucun ! Ne jamais regarder en arrière ! C’est ma devise... Qu’attends-tu pour tourner la clé de contact ?
- Attention, nous y sommes... C’est parti... il faut boucler votre ceinture.
- Je sais, je sais... Voilà... c’est fait... Dis, comment ils sont les bretons ? Demanda Rose avec un clin d’œil coquin.
- Je me demande qui, de nous deux, va devoir surveiller l’autre. S’esclaffa sa jeune amie.
- Ne compte pas sur moi pour cela. J’aurai bien assez à faire à m’occuper de moi. Et puis, tu l’as tant et tant dit, nous sommes en vacances, alors tout nous est permis.
Tout ? Dans l’automobile qui se glissait dans les embouteillages, deux femmes : l’une au soleil du printemps de son existence, l’autre aux ombres de l’automne de la sienne. En les regardant, il semblerait évident que l’avenir n’était que promesses pour la première et souvenirs pour la seconde.
Évidence trompeuse, car si la seconde avait su garder intact l’amour de l’inédit et des surprises, la première ne savait plus s’ouvrir à ce que la vie pouvait lui concéder encore.
Deux âmes inversées.
Claire évita l’autoroute, comme promis, se réservant pour plus tard et sans effrayer sa compagne de voyage, de tester le moteur qui ronronnait. Elle prit la direction de Pontoise, décidée à suivre scrupuleusement l’itinéraire que Clériac leur avait gentiment tracé. Tout droit vers Dieppe, en passant par Gisors où elle comptait montrer l’église Saint-Gervais à Rose. Un monument du treizième siècle.
Elles devront s’arrêter souvent à cause de Moustache, alors autant choisir des étapes agréables. Si tout se passait bien, elles déjeuneront à Dieppe, avant de reprendre le bord de mer jusqu’aux Falaises d’Etretat.
Rose, le pinson, s’endormait, épuisée après une nuit blanche à tout préparer, à faire et refaire ses valises. À deux heures du matin, Claire l’entendait encore s’agiter et fouiller les placards derrière la cloison.
Rose assoupie, et les yeux fermés ? La jeune fille sourit : il était temps d’appuyer légèrement sur l’accélérateur qui lui chatouillait le pied. Juste à peine, histoire d’arriver un peu plus tôt.
Sa conduite n’avait rien à envier aux plus émérites. Une seule erreur, ancienne et sans conséquence, mais qui, pesant obscurément sur sa conscience, l’avait rendue bien plus attentive, même lorsqu’elle semblait absorbée par ses pensées. Comme si deux êtres cohabitaient en elle... l’un chargé de la maîtrise du véhicule, l’autre ailleurs, absent, libéré de toute contrainte.
« Tu conduis aussi bien qu’un homme, j’irais avec toi au bout du monde, sans crainte aucune.»
Qu’avait-elle donc à se souvenir de Thomas en ce moment ? À chaque fois qu’elle se laissait aller à la nonchalance ! Trop souvent ! Beaucoup trop...
Le moteur répondait à la perfection, l’aiguille du compteur de vitesse grignotait allègrement les graduations. Claire jeta un regard en coin vers le profil détendu de sa compagne de route... qui ne broncha pas... Mais Pontoise était à deux minutes, trop vite là, l’obligeant à ralentir, ce qui ramena Rose à la réalité.
- Tu t’es bien amusée ? Dit-elle en réprimant un bâillement.
- Vous ne dormiez pas ! L’accusa sa jeune amie.
- Si peu ! Elle est très bien cette voiture, je ne me suis rendu compte de rien. Tu es allée très vite ?
- Pas trop. Vous voulez voir ce qu’elle peut donner ?
- Surtout pas ! Pour cela, il vaut mieux que tu attendes que je dorme vraiment. Où sommes-nous ?
Plus très loin de Gisors. Elles s’y arrêteront d’ailleurs. Et Rose retrouvant son babil, interrogeait, proposait mille activités, promettant d’oublier toute sagesse, et conseillant à Claire d’en fera autant.
- Si j’avais une fille, je ne vous la confierais jamais ! La taquina Claire, vous la pousseriez à tous les plaisirs.
Et alors ? S’indigna Rose… Quel mal y aurait-il ? Qu’y avait-t-il de plus vrai dans la vie ? À condition de toujours se respecter, de ne rien faire dont elle pourrait avoir honte, ou qui nuirait à qui que ce soit.
Et il n’y avait pas lieu d’en sourire ! Gronda-t-elle en claquant gentiment l’avant-bras de la conductrice hilare. Il ne s’agissait pas là seulement de mots, elle était vraiment faite ainsi. Elle s’était appliquée, sa vie durant, à ne pas tricher, ni avec elle, ni avec les autres. Sa gaieté ? Peut-être était-ce à cela qu’elle la devait, à cette façon de vivre en accord avec ses principes, sans jamais les trahir. Où l’eût menée de mentir, à elle-même ou à autrui, de refouler les élans spontanés, et surtout de refuser la réalité ?
- La réalité ? Je ne sais plus très bien, en ce moment, où se trouve la mienne. Avoua Claire dans un murmure.
- Elle est en toi ! Ta vie, ton corps, ton esprit t’appartiennent. À toi, et seulement à toi. Ce que j’appelle « réalité Â», c’est en toi que tu dois la trouver. Déclara Rose avec fougue.
   N’appartenir qu’à soi... Claire se battait pour cela depuis son départ d’Auriol. Mais devait-elle pour autant se leurrer et fermer les yeux ? Sur ceux qui prennent sans rien demander, sur ceux qui subissent et... sur ceux qui fuient ? Au point de ne plus se reconnaître, de se découvrir souvent inconnue jusqu’à s’en effrayer quelquefois ?
- Il m’arrive de ne plus savoir qui je suis, ou ce que je voudrais être... admit-elle avec sincérité.
- Tu es toi... quelqu’un d’adorable, sur qui on peut compter... et stupide au point de t’encombrer d’une vieille souris telle que moi. Tout cela pour...
- Pour vous avoir avec moi ! S’écria Claire spontanément. Je vous aime, vous. Si j’avais eu à choisir mes parents, je vous aurais désignée sans hésitation.
- Tu peux alors te considérer adoptée, sans réserve, ma chérie... Pour moi, tu es l’enfant dont j’ai toujours rêvé. Et plus encore en ce moment. Tu redeviens humaine, petite.
- Parce que je laisse voir mes faiblesses, mes hésitations, mes doutes.
Que croyait-elle ? S’exclama Rose. Comme n’importe qui ! C’était, hélas, le lot de chacun. Trouver le bonheur n’était pas entreprise facile, il n’était pas acquis d’office. Parfois, il fallait se battre pour le gagner, ensuite, encore, pour le protéger, et parfois bien davantage pour le conserver.
Rose voudrait savoir à quoi était due la tristesse qui voilait quelquefois le regard de Claire. Elle aimerait tant l’aider à s’en délester... Elle portait une réelle et profonde affection à sa trop secrète voisine, depuis son arrivée dans leur immeuble. Elle avait souffert en la regardant vivre, si solitaire... Peut-être pour retrouver en elle, l’image de la jeune fille qu’elle était autrefois, pour porter un chagrin identique au sien... latent, enfoui, dissimulé à tous. Pour les mêmes raisons ? Qui pouvait savoir ? Claire s’était si peu livrée.
Mais, il ne fallait pas sous-estimer la ferme volonté d’aller de l’avant, de ne jamais baisser les bras, que montrait cette dernière.
- Ne te perds pas en chemin, Claire.
- Me perdre ? Nous sommes à quelques kilomètres de Gisors.
- Pas de cette manière... Tu as très bien compris ce que j’ai voulu dire. Ne te ferme pas à demain ! Et puis… oh, tu verras bien !
La vie n’était-elle pas toujours la plus forte ? Quoique que chacun décidât ? Ne suffisait-il pas d’accepter ce qu’elle offrait d’agréable, sans bataille, comme un dû ?
En fuyant comme elle semblait le faire, Claire ne pouvait que se construire des lendemains empreints de nostalgie.
Et il n’y avait rien de pire que vivre dans les regrets de ce qui aurait pu être. Seuls, ces derniers rendaient douloureuse l’approche du crépuscule de l’existence.
- Pour vous aussi ? Demanda Claire ?
Qui ? Rose ? Elle, refuser un clin d’œil du destin ? Jamais ! Elle avait reçu et absorbé… jusqu’à satiété. À vrai dire, ce qui la gênait, aujourd’hui, c’était de constater que, quelque part, la vie l’oubliait.
- Rose… voyons…
Quoi ? « Rose… voyons ! Â» Elle aussi avait droit à quelques fantaisies, et elle serait bien sotte de s’en priver.
- Je me disais aussi ! Dit Claire, souriante… Je vous raconterai, un jour, ajouta-t-elle plus bas. Il faudra bien que je vide mon esprit de toute cette rancune, que je m’en libère.
- Tu n’y es pas obligée, mais, tu sais, parfois... il suffit de partager une peine avec un ami pour qu’elle devienne moins pesante. Et elle peut prendre une nouvelle dimension... peut-être plus exacte, au travers d’un autre regard...
- Sans doute... C’est tellement idiot quand j’y pense.
- Nous avons tout notre temps. Dis, et si tu la faisais un peu avancer ta trottinette. Regarde, derrière nous, je crois que tu ralentis quelqu’un.
    Sans même jeter un coup d’œil, Claire haussa les épaules.
- La voie est libre, devant. Il peut passer.
- C’est ce qu’il fait... il est charmant !
- Qui donc ?
- Le conducteur... avoua Rose avec gourmandise.
- Vous avez eu le temps de le voir !
Devant elles, s’éloignant à toute allure, un engin spécialement conçu pour la vitesse, déjà, seulement tache noire au bout de la route, sans même avoir pu en reconnaître la griffe... .
- Pas toi ? Quel dommage ! Si j’avais ton âge, je... je saurais quoi faire.
- Vous seriez surtout morte de peur en ce moment. Allons Rose, redescendez sur Terre, nous sommes à quelques minutes d’un déjeuner que je vous promets délicieux.
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