Qu’est-ce que ça veut dire un placement dans une famille ?
Quelle famille ?
Dans une famille il y a le grand-père et la grand-mère, le père et la mère, le frère et la
sœur. Et j’en ai une pour chaque jour de la semaine : j’ai pas besoin d’en avoir une de plus !
Un jour, j’ai perdu le grand-père horloger. Olivier, il a dit comme ça que, quand quelqu’un
disparaît, c’est qu’il est mort. Alors on lui a fait un beau… un « bel » enterrement avec de la musique, et des fleurs. Mais j’ai été bien embêté quand je l’ai retrouvé, le
grand-père ! J’ai pas encore osé le dire à Olivier, déjà qu’il croit aux fantômes !
Hier, j’étais dans ma famille plombier et j’ai aidé papa à faire des soudures sur de gros
tuyaux de cuivre. Des soudures bien solides, bien nettes, et tout bien comme il faut. Ce qu’il a été fier de moi !
Aujourd’hui, le grand-père de ma famille boulanger m’a montré comment tenir une grande pelle
de bois. C’est une pelle rigolote, toute plate, et c’est pas facile de sortir le pain du four avec ! Mais c’est parce qu’elle est plus grande que moi.
Tout à l’heure, avec grand-mère boulanger, j’apprendrai comme on fait de la pâte et ça, je devrai bien faire attention, pour bien m’en rappeler parce que
demain...
Demain, chez ma famille paysan, avec ma sœur, on ira ramasser des pommes, et avec la pâte de
ma famille boulanger, nous ferons une énorme tarte, et des beignets ! Et s’il reste encore des fruits, nous en ferons de la compote ! Bien plus bonne que celle que Cutie nous sert à
chaque repas.
Une que j’aime pas trop, c’est ma famille boucher, mais je l’ai alors faut bien que j’y
aille de temps en temps ! Papa a de grosses joues, trop rouges, et avec ses grands couteaux, il me fait un peu peur. Et maman boucher, elle n’arrête pas d’arracher les plumes de tous les poulets
qu’elle attrape.
Faut dire que dans le hangar, tout au fond du jardin, y a les poules du vieux Timothée.
Faudrait pas qu’elle les voit sinon ça me ferait des histoires !
Et les poussins ! Y a aussi des poussins, de petites boules d’or vivant, avec des
plumes minuscules et douces et légères... Légères comme des baisers, et quand je les glisse sous mon tricot, tout contre ma peau, ils sont aussi chauds que des caresses.
Dans le hangar y a aussi mon auto ! Et c’est ma famille mécanicien qui s’en occupe.
Mais elle a le temps, je suis encore trop petit, j’arrive pas encore à toucher les pédales. Et un jour... Oui, un jour ! Bon, y a quand même du boulot ! Beaucoup de boulot… mais
faudrait pas qu’ils perdent trop de temps non plus.
Et juste derrière y a ma famille maçon qui refait le mur qui encercle ma prison. Je la confonds un peu avec l’autre, celle
qui est dans la boulangerie, à cause du plâtre. Le plâtre c’est comme de la farine. Et ils se ressemblent tellement : En dessous de cette poussière blanche, ils ont tous la même tête !
Et j’attends ! J’attends qu’ils aient fini, parce qu’ils m’ont promis de faire une porte, une porte que pour moi : une porte invisible !
Et il faut pas que je sois pressé : c’est dur de faire un truc pareil !
Mais j’aime bien ma famille horloger, celle du grand-père mort qu’est pas mort. À cause des
pendules accrochées aux murs. Y en a pas deux de pareilles. C’est comme dans Pinocchio ! Et mon grand-père horloger, il ressemble beaucoup à Gepetto : il a les mêmes lunettes rondes qui
cachent des yeux qui pleurent toujours un peu. Pardi ! J’ai toujours pas dit à Olivier qu’il est encore vivant, alors, le grand-père, ça doit drôlement l’inquiéter... Des fois qu’il le
serait plus sans le savoir !
Et Pinocchio ! Un petit pantin de bois qui est allé jusque dans le ventre d’une
baleine. Si lui a pu faire ça, alors moi, je pourrais... Je pourrais peut-être... Oui... Peut-être...
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