Mon petit frère galope tout droit vers le fond du jardin. A quatre pattes ! Il est rigolo ! Il n’arrive pas encore à se tenir debout. Il ne sait pas
marcher. Mais il se déplace fichtrement bien quand même !
Il essaie d'attraper le jouet que je lui ai piqué. Son jouet préféré !
Il ne pleure pas, il ne crie pas, il rit ! C’est un jeu. Nous jouons souvent à ce jeu-là dans sa chambre.
Je ne pense pas que ce jeu plairait à maman et à papa. Aujourd’hui, ils ne sont pas là. Ils sont au marché. J’en ai profité pour faire sortir mon petit frère de sa chambre.
Nous avons commencé à jouer dans la grande pièce du bas. Il fait beau dehors, alors j’ai ouvert la porte-fenêtre. Celle qui donne sur la terrasse. C’est par là qu’on accède au jardin.
L’herbe est tendre, fraîchement tondue. Elle sent bon. Alors je suis sorti de la grande pièce, tout en agitant le jouet à bout de bras et mon frère m’a poursuivi sur la terrasse.
Je l’ai fait courir à droite et à gauche. Et puis j’ai envoyé son jouet dans l’herbe douce du jardin et il s’y est précipité en gazouillant ! Je me suis amusé ainsi à lancer le jouet ici et
là, pour qu’il aille le chercher.
J’en faisais autant autrefois, avec la balle de Toby. Mais Toby n’a jamais compris qu’il devait rapporter la balle. Et quand je tentais de la lui reprendre, il me mordait. Toby, c’était mon
chien. Toby ne savait pas jouer sans me mordre.
Mon frère ne peut pas me mordre, lui, il n'a pas beaucoup de dents. Mais, comme Toby, il ne sait pas rapporter. Alors je récupère le jouet avant qu’il ne l’atteigne et je l’envoie plus loin.
Il aime ce jeu. Moi aussi !
L’herbe pousse très vite dans notre jardin. Beaucoup, beaucoup plus vite que dans ceux de nos voisins. Papa passe la tondeuse tous les jours. Eté comme hiver, aussitôt levé, il passe la tondeuse,
partout. Sauf dans la partie du fond. Après la rangée de pommiers. Là, l’herbe est très haute. Presque aussi haute que papa.
Mon petit frère court sur l’herbe fraîchement tondue, il court vite, sur ses genoux et ses mains. Il court et il rit. Il est heureux. Il s’amuse bien !
J’ai envoyé son jouet au cœur même des hautes herbes. Là où elles poussent dru.
Un jour j’ai envoyé la balle de Toby dans les hautes herbes. Toby n’a jamais su la retrouver. Toby n’est jamais revenu. Mais Toby ne savait pas rapporter.
Dès que j’ai su marcher papa m’a bien expliqué que je ne devais jamais dépasser la limite définie par les pommiers.
Papa m’avait parlé aussi des monstres des hautes herbes. Mais je ne les ai jamais vus.
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