Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

Publicité

Falaises - chapitre 27

Claire est assise, trop immobile, les yeux dans le vague, les trois dossiers devant elle, les ouvrant, les refermant d’une main distraite.
De se retrouver dans l’intimité des murs de cet appartement, d’y voir évoluer Yann, elle a du mal à accepter l’idée de le perdre. Elle doit prendre une décision, et attendre encore ? Reculer ? Demain... il sera peut-être trop tard.
Elle se laisse aller en arrière au contact des mains sur ses épaules, en ferme les yeux, pour mieux sentir monter en elle tout le plaisir qu’elle en retire.
- Cesse un peu... tu vas t’épuiser à la tâche.
- Yann, viens t’asseoir, il faut que nous discutions.
- J’obéis, de tout mon cœur, prêt à tout entendre, sauf si cela concerne ce qui est posé sur cette table !
- S’il faut parler de nous, nous devrons aussi évoquer ce qui se cache dans ces pages.
- Tu t’impliques trop. Nos vies, ce qui se passe entre nous, tout cela n’a aucun lien avec l’usine.
- Pas tout à fait. Ailleurs, d’autres personnages, sans doute, mais pas ici. D’abord, pour ce que tu vas lire dans ces documents, et ensuite... à cause de moi.
- Toi et ces papiers ? Quel rapport, Claire ?
- Thomas.
- Cet homme... toujours lui... Je croyais que tu avais tourné le dos au passé, complètement, définitivement, et tu y penses encore !
- Je l’ai vu...
- Tu l’as vu ! Lui ! Ce Thomas ! Ici, à Brest ? Quand ?
- Ce matin... peu après ton départ. Je ne pourrai pas assister à la réunion, demain, tu devras t’en charger seul.
- À cause de lui ? Uniquement de l’avoir rencontré ! Il lui suffit donc de réapparaître pour influer sur tes décisions, au point de te faire oublier... d’oublier que, toi et moi... Et... demain... tu vas le retrouver ?
- Ce n’est pas ça, tu te trompes, il...
- Sur quoi ? Tu me dis que tu ne seras pas là, près de moi... c’est qu’il compte assez pour t’éloigner de nous. Jusqu'où ? Jusqu'à lui revenir ?
- Jamais ! Ce n’est que pour le temps de la réunion...
- Seulement ? Explique-toi !... Non !... attends...
Il n’est plus capable de raisonner sainement. Il ne pensait pas, il ne l’a jamais fait, que cet homme, ce Thomas, après ce qu’il lui avait fait endurer, pouvait oser l’approcher, bien moins qu’elle l’écouterait, et, pas du tout qu’à cause de lui, elle en renierait ce qui est eux.
Après ce qu’ils ont vécu... après tout un bonheur partagé... la perdre... et pour la laisser entre les mains d’un tel individu ! Et comment peut-elle afficher autant de calme alors que, lui... Lui ? Que va-t-il lui rester ? Comment accepter l’idée de ne plus l’avoir à son côté.
- Attends ! Tout d’abord, il faut que je sache... représente-t-il un risque pour nous deux ?
- Aucun pour ce que j’éprouve pour toi.
- Non ? Reste alors à définir quels sont tes sentiments à mon égard.
- Penses-tu que cette question mérite d’être posée ?
- J’ai préféré ne pas le faire jusqu’ici. Non, oublie cela... je veux croire en nous. Si toi tu m’assures ne plus rien éprouver pour lui, je...
- J’en suis libérée, en partie déjà depuis cet horrible jour sur la falaise de Cassis... bien avant que tu n’apparaisses dans ma vie, et ensuite... totalement depuis... depuis toi. Libérée, c’est vrai... de lui, mais pas de tout.
- Alors... c’est ta peur qu’il a réveillée ? Tu aurais dû appeler. Je ne te laisserai plus jamais seule... plus jamais, je te le promets... Si je l’avais, là, en face de moi...
- Demain... tu as rendez-vous avec lui, demain, en fin de matinée. Maintenant, laisse-moi tout te raconter.
Elle se serre davantage contre lui, ne sachant comment trouver le premier mot.
- Je ne veux pas t’accompagner demain parce que je serai un handicap pour toi contre lui.
- Contre Thomas ? Qu’a-t-il à voir dans cette affaire ?
- Yann ! Ecoute-moi, sans plus m’interrompre, c’est assez difficile pour moi. Il est le propriétaire des deux entreprises dont nous soupçonnons la complicité. Il est le frère de Bernard Gaillet.
Elle lui retrace tout, dans le moindre détail, chacun de ses actes depuis leur séparation, au matin. Les menaces de Thomas de se servir de leur relation passée pour se présenter en victime de la rancune d’une femme outragée, en colère, voulant satisfaire un désir de vengeance... la vindicte d’une hystérique qui n’aurait pas su le garder !
Ensuite son entrevue avec Bernard, homme de paille, faible, sans réelle envergure, qui a craqué dès les premiers mots, reconnaissant tout, avouant tout, prêt à accepter toutes les actions menées contre lui. Son entretien avec l’autre responsable également... un individu veule... dont elle ne se souvient plus du nom, - il le trouvera, souligné, dans le rapport qu’elle a rédigé, après les avoir rencontrés -, plus compromis qu’il ne veut l’admettre, et s’abritant lâchement derrière un devoir d’obéissance aux ordres reçus.
- Voilà, tu sais tout... presque tout.
- Pourquoi n’avoir rien dit, tu aurais dû m’en informer dès mon retour.
- À quoi bon. J’étais tellement heureuse à ce moment-là. Avec tous, dans cette salle, au milieu de leurs rires, de leurs taquineries, et redevenue enfin moi-même, en dépit du choc du matin.
- Ton arrivée à Paris a été très dure, n’est-ce pas ?
- Très ! Bien plus que tu ne peux l’imaginer.
Pour ses parents, leur seul souci, les dépenses engagées, décidées par eux et soudain trop lourdes parce que inutiles. Elle les a remboursés, jusqu’au dernier centime. Un appartement, très grand, très beau, très cher, dont elle a eu le plus grand mal à se défaire. Et tous les meubles, revendus au tiers de leur valeur. Il lui a fallu aussi couvrir la différence. Ça lui a pris deux ans, quelques mois de plus, durant lesquels elle a connu des moments très difficiles, mais elle s’en est sortie. Grâce à Lucien Clériac.
Mais ici, elle n’a rien à redouter... un travail, un de plus, sans arrière-pensée, sans imaginer un instant que le destin allait remettre Thomas sur son chemin.
- Je n’ai jamais triché, avec personne, surtout pas avec toi.
- Je le sais... Ne remue plus ces souvenirs, enfouis-les très profond, qu’ils ne puissent rien contre nous. Quant à Thomas... je vais faire en sorte que...
- Non ! Tu ne feras rien... sinon régler le sort de l’usine !
- Alors, accompagne-moi... Montre-lui que tu ne le crains plus... Je serai là... avec toi...
- Je n’ai pas fini, Yann... il y a autre chose, et il m’est pénible d’en parler, alors...
- Tu n’y es pas obligée... Un jour, tu m’as dit « je t’ai voulu, toi », ensuite « je crois que je t’aime ». Et puis... je sais que tu n’as pas pu oublier nos promesses... Mais ces mots... ces mots que tu n’as jamais prononcés...
- Ceux qu’il ne faudrait employer qu’avec certitude ?
- Oui... ceux-là... Aujourd’hui... est-ce que tu pourrais...
- Je t’aime, Yann.
- Certaine de cela ?
- C’est même la seule chose dont je sois sûre... et de cet amour qui permet de renoncer à l’autre si cela peut le rendre plus heureux.
- Pas pour nous, chérie... et c’est tout ce qui compte. Hier n’a pas d’importance, sauf si le raconter peut te rendre la vie plus douce.
- Plus douce ? Plus douce !
Elle ne peut pas ! Et elle se ferme à tout ce qui n’est pas la présence de Yann, sa chaleur, le bonheur qu’elle a de le sentir contre elle, encore un instant, encore une nuit... celle qui vient...
Demain ?
C’est tellement loin !
    Oui, encore une nuit... l’avoir encore à elle toute une nuit... cette nuit... et lui dire... et lui redire... à n’en plus finir...
- Je t’aime, Yann... je t’aime... à en mourir pour toi...
- Et moi, je veux que tu vives... pour moi... pour nous
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article