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Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

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Falaises - chapitre 28

Claire est détendue, au bout du compte, les événements se sont déroulés mieux que prévu, sans doute à cause de son intervention de la veille, chacun connaissant les positions des autres.
La plus grande partie des discussions a tourné autour de la réorganisation du travail, de l’appel aux autres centres de production, à la manière la plus économique et la plus logique d’organiser le transfert d’une partie de leur activité sur Brest.
Les responsables de Rennes, Nantes, et Caen, se sont pliés de bonne grâce à l’application de la solution proposée, acceptant, sans trop de grimaces, l’idée d’une diminution de leurs résultats.
Lucien Clériac n’a fait qu’une brève apparition, pour les inciter à trouver les meilleurs accords dans un minimum de temps, afin d’oublier au plus tôt cette désagréable affaire, ignorant Bernard Gaillet, sans lui adresser un reproche, ni lui accorder un regard.
Il les a quittés au bout de quelques minutes, après deux mots à l’oreille de son petit-fils, et un baiser sonore sur la joue de Claire, aussi étonnée que l’expression qu’elle lit sur le visage de Yann.
- Que lui prend-il ?
- Je n’en reviens pas !
- De quoi ?
- Tu ne devineras jamais, chérie... C’est incroyable ! Messieurs... nous continuons.
Elle l’a laissé mener toutes les négociations, n’intervenant que pour lui apporter quelques précisions, jouant le rôle de sa secrétaire, toujours en retrait, seulement efficace, veillant à lui transmettre les bons documents, soulignant les points sur lesquels il devait insister... Et le remerciant d’un sourire pour la main qui venait parfois serrer la sienne, sous la table, à l’abri du regard des autres.
Une pause, autour d’un bon café... et un début de rire dans les yeux de Yann, tournés vers la porte par où est sorti Lucien Clériac.
- Yann, tu ne me diras donc rien !
- Je me demande si... Crois-tu que Rose... Non, ce n’est pas possible !
- Qu’a-t-elle fait encore ?
- Elle ? Rien... mais mon grand-père... Il en est amoureux ! Non, je ne suis pas certain d’avoir compris...
- Rose et... A leur âge !
- Chérie ! Ça, ce n’est pas vraiment un obstacle. Mais Rose, qui est un poème de fantaisie, avec... Claire, dis-moi, à ton avis, est-ce envisageable ?
- De ton grand-père, j’ai du mal à le concevoir, en revanche, d’elle... rien ne pourrait m’étonner ! Tu as dû mal comprendre.
- Sans doute... et pourtant...
- Il faut y retourner. Yann ! Te rends-tu compte que... et si... et si c’était vrai !
- On verra bien... Messieurs, ceux qui souhaiteraient se retirer peuvent le faire... je crois que le principal a été vu, il ne nous reste qu’à assainir la direction ici à Brest. Bernard, je suis désolé, mais...
- Il n’y a rien à dire, Yann, sinon vous remercier, tous deux, de votre attitude, sans animosité, sans cruauté. Je reste à la disposition de la justice, je n’ai aucune intention de me dérober.
- Nous ne savons pas encore si nous en viendrons à cela. Pour Claire, vous n’êtes pas le véritable responsable, et je le pense également... Si je ne peux rien vous promettre encore, pour l’instant, vous pouvez partir... Je vous tiendrai personnellement au courant de la suite que nous donnerons à vos actes... rien ne se fera sans vous en tenir informé.... Mes amitiés à votre femme. Adieu, Bernard...
Peu de temps pour mettre en place une autre grille horaire, en accord avec les représentants du personnel, modifications indispensables à cause des nouvelles conditions de ravitaillement en matières premières, de livraison des produits finis.
Un moment de silence, presque de recueillement, autour de la table. Signe de leur soulagement à tous. L’usine continuera de fonctionner. Encore quelques minutes pour se séparer d’eux, se retrouver seuls.
- C’est fini, Yann, tout est en place. Qui va diriger ?
- Si tu as une idée, je suis prêt à l’accepter.
- Tu vas devoir revenir ici...
- Je me doutais bien que tu dirais cela. Que puis-je faire d’autre, au moins un temps ? Jusqu'à l’arrivée d’un remplaçant. Pour tous, à les entendre, c’est tellement évident.
- Tu avais fait du bon travail, tu pourrais continuer, à mi-temps, pour un regard de contrôle, avec une personne capable pour te seconder.
- Reste à trouver l’oiseau rare. Toi, ce poste de second, tu ne serais pas un peu tentée de l’accepter ?
- Pas question ! En revanche, j’ai peut-être une idée...
- Tu connais quelqu’un d’assez compétent pour nous aider à remonter la pente ?
- Nous verrons bien. Yann, je… je dois te laisser maintenant... et...
- Je sais... il est l’heure de rencontrer Thomas. Tu ne veux pas l’affronter ? Il te fait donc si peur encore, et autant près de moi ?
- Non, ce n’est pas ça... je veux tourner la page, et le voir, là, en face de moi, ne m’apportera rien de plus.
- Tiens, prends les clés de la voiture, tu y seras plus au calme.
- Oui... mais... avant... Yann...
- File... et préviens Marjorie, qu’elle m’appelle dès son arrivée.
- Je... Fais attention... tu ne sais pas combien il est méchant... et brutal...
- Va dans la voiture et ne t’inquiète pas... dépêche-toi, deux personnes à rencontrer... et ensuite... dès que ce sera terminé...
- Oui... quand... quand tout sera... fini... ne tarde pas trop...
Derrière la porte, deux hommes qui attendent, qu’elle invite à retrouver Yann, et elle s’éloigne après un dernier regard, un dernier signe de la main... pour se diriger vers le bureau de Marjorie, et elle court presque, pour sortir au plus vite...
Et se retrouve face-à-face avec Thomas.
- Tout s’est bien passé pour toi ?
- Laisse-moi passer !
- C’est mon tour maintenant. Tu ne viens pas ?
- Non, ce n’est pas la peine.
- Et me priver du plaisir de voir tes yeux pendant que je lui démontrerai qui tu es en réalité !
- Tu n’as plus rien à lui apprendre, depuis longtemps. Il est au courant de tout.
- Salope !
Un cri dans le couloir, de douleur, qui arrive jusqu'à trois hommes assis autour d’une table... et des éclats de voix, des intonations pleines de fureur... sous lesquels Yann se lève... déjà hors de la pièce... suivi par les deux autres qui se précipitent également...
Devant lui, dans une attitude qu’il aurait voulu ne jamais plus lui voir adopter, appuyée contre un mur, lèvre ensanglantée, bras replié au-dessus de la tête, repoussant un visage déformé par la colère.
S’interposer et l’écarter, la ramener contre lui, la mettre hors de portée de la brutalité de Thomas...
- Tu n’as rien ?
- C’est une petite garce. Elle vous a bien eu vous aussi.
- Taisez-vous ! N’ouvrez pas la bouche ou j’aurai bien plus de mal à me contrôler... Chérie, éloigne-toi, va auprès de Marjorie.
- Ça ira, Yann... Je... je suis désolée.
- Désolée ! Ecoutez-la ! Pleure, tu les auras tous comme ça. Que vous a-t-elle raconté sur nous, Monsieur Guerec ? A vous, le superman... vous a-t-elle tout avoué ?
- Quand j’en aurai fini avec vous...
- Hé ! Doucement... ne vous pressez pas... attendez... vous a-t-elle dit jusqu’où elle peut aller quand quelque chose la gêne ?
- Faites-le sortir d’ici !
- Saviez-vous... qu’elle a détruit une vie ? Sans me consulter, sans m’en informer. Etiez-vous au courant ?
Devant elle, le dos de Yann, ses épaules, qui semblent ployer comme sous une charge soudain trop lourde.
- Yann... pardon... je...
- Ne dis rien, Claire. Tu n’as rien à dire, rien à justifier. Nous réglerons cela plus tard, entre nous. Va-t’en, sors d’ici, ne reste pas là !
Elle recule, s’éloigne, se tient hors d’atteinte.
- J’ai refusé cet enfant... c’est vrai... et il n’en a jamais rien su... Seulement depuis hier... et je ne le regrette pas.
- Tais-toi !
- Trop de souffrance, trop de rancune en moi, pour l’accepter. Yann, je suis désolée. Pour tout. Je t’en prie...
- Quitte cet endroit, va-t’en !
Comme assommé, avec toute la haine du monde dans ses yeux, sans rien pouvoir contre une douleur profonde, attentif aux vagues de fureur destructrice qui enflent en lui... à en désirer hurler...
Et il ne se retourne pas au bruit d’une course folle, ni aux appels de Marjorie, pris par une rage démente, par l’envie de défoncer un visage, d’effacer de la surface de la Terre un être malfaisant, avançant lentement vers un homme qui recule, faisant appel à ce qu’il a de plus cher en lui pour tenter de maîtriser une violence meurtrière.
Et Claire n’en finit pas de suivre un couloir, ignorant une voix qui crie son nom, un trajet interminable... jusqu’au parking... et ne sait plus quelle direction prendre... Cherche sa voiture... doigts serrés autour d’un trousseau de clés inutiles... celles de Yann... Les clés... toujours dans sa main... « La folie noire »... S’installe sans le voir au volant d’une mécanique inconnue... Se retrouve à des kilomètres de Brest... sourde aux rugissements d’un moteur malmené... toujours plus vite... toujours plus loin.
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