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Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

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Falaises - chapitre 30

- Tu dois venir, Yann, nous t’attendons.
- Je suis très heureux pour vous deux, mais je gâcherais votre soirée.
- Tête de mule ! M’obéiras-tu, au moins une fois ! Il faut absolument que tu viennes... je ne peux rien te dire par téléphone...
- Pas de ce jeu-là avec moi ! Plus de manigance ni de...
- Il s’agit bien de ça ! Tu m’agaces... je te passe Rose.
- Yann ? Vous m’aviez demandé de vous joindre si j’avais des nouvelles de Claire.
- Savez-vous où elle est ?
- Non...
- Alors, ça n’a aucun intérêt...
- Mais elle nous a écrit... et ce qu’elle nous dit est important.
- Nous ?
- A Lucien et moi...
- Parle-t-elle de... de moi ?
- Cette fois, oui... surtout de vous.
- Surtout ? Vraiment ? Que dit-elle ?
- Sa lettre est arrivée ce matin... j’ai beaucoup réfléchi et je ne vous la ferai pas lire, mais, il faut vous aider à la retrouver.
- Puis-je vous croire ?
- Je ne vous mentirais pas à son sujet Yann. Il vaut mieux ne pas venir, ici, finalement, vous perdriez du temps et nous n’en avons pas beaucoup... Elle parle de... d’un ami... un certain François.
- François ?
- Je suis navrée, Yann. Elle a écrit « mon ami François »... c’est tout, sans plus... Elle dit qu’il s’appelle François Domaine... que c’est un ami d’enfance, qu’ils ont grandi ensemble... Elle est chez lui... Elle ne donne pas son adresse mais les parents de ce garçon vivent toujours à Auriol. Peut-être que par eux...
- Merci, Rose... Pour tout ! Je n’oublierai pas.
A peine deux appels pour obtenir une première piste sérieuse... Trop facile pour y croire tout à fait !
Ensuite... il suffira de monter à bord d’un avion... le complice des amants pressés...
Mais avant... Paris ! Chez Lucien Clériac, chez Rose, désormais.
Tout cela aura au moins amené le bonheur de deux personnes.
- Alors vous ne voulez vraiment pas me laisser lire cette lettre ?
- Non, n’insistez pas, ce qu’elle y a écrit lui appartient.
- Vous rendez-vous compte de ce que vous me faites ? Et toi, Grand-père, tu es au courant, n’est-ce pas ?
- Oui, elle nous l’a adressée en commun, et je ne te dirai rien non plus... enfin... pas encore... Je ne sais pas... tout dépendra...
- Lucien !
- Regarde-le, Rose ! C’est trop pour moi, j’ai du mal à le voir souffrir comme ça.
- Je sais où ils sont... les parents de cet homme m’ont donné leur adresse, un coin perdu, dans les Hautes Alpes. Mais avant de la rejoindre, je voudrais m’assurer que j’en ai encore le droit...
- Et plutôt deux fois qu’une !
- Si vous le dites, Rose... c’est bien... je me mets en route, dès ce soir, et demain... je verrai bien sur place. Dominique vous amènera les enfants dès que possible.
- Attendez... rien ne presse, allez-les cherchez et emmenez-les avec vous, Yann.
- Pourquoi ? J’irai plus vite sans eux.
- Trop sans doute. Non... je pense qu’il vaut mieux que vous ayez quelqu’un entre vous deux et elle ne fuira pas devant Marie et Michel.
Ils sont partis à trois... à quatre, puisque Moustache les accompagne... Après des mois de recherches, toucher presque au but et se surprendre à douter encore.
Peu de haltes, le strict nécessaire pour ne pas trop fatiguer deux gamins... comme en ce moment.
Ils sont près d’Embrun. Yann s’est arrêté avant d’aborder le pont de Savines qui n’en finit pas de traverser le Lac de Serre-Ponçon, histoire de se dégourdir un peu les jambes et à peine le temps pour ses neveux de découvrir la petite chapelle Saint-Michel sur son îlot perdu, dernier vestige d’un village englouti.
Et suivre des yeux, un coupé Mercedes, de couleur grise, immatriculé sur Paris, et le perdre, derrière un virage capricieux, et le retrouver, carrosserie étincelante sous le soleil d’Août... un véhicule derrière lequel Moustache pleure en tirant sur sa laisse à s’en étrangler.
Et cesser, sur un jappement outré devant l’immobilisme de Yann...
Et lui, promenant un regard incrédule d’une tâche mouvante d’argent à un cabot extraordinaire, s’animant soudain pour bousculer les enfants, les pousser dans la voiture, subitement pressé de reprendre la route... s’accordant tous les espoirs seulement d’entendre Moustache aboyer... heureux lui aussi... comme lui !
Quelques tours de roues à une allure folle, pour retrouver plus loin, plus très loin, là... juste devant lui, ce qu’il poursuit sans oser y croire.
 Un bonheur encore inaccessible, mais ralenti par un de ces camions qui l’ont tant gêné auparavant, qu’il bénit maintenant.
 Et il ne se rapproche pas trop, se garde bien de donner l’éveil, regrettant son véhicule qui ne peut passer inaperçu, trop connu par celle qu’il espère devant.
C’est ainsi qu’ils traversent Embrun, l’un suivant l’autre. Et Moustache qui gémit, et les deux enfants qui n’osent ouvrir la bouche.
Et Yann ne sait plus que penser en la voyant prendre la direction de Briançon, traverser la Roche de Rame... refusant de croire à autant de chance.
Et il doute, et il lève le pied de l’accélérateur, laissant s’accroître la distance qui les sépare... et il sursaute devant Moustache qui aboie de plus belle en voyant l’automobile, devant eux, devenir plus lointaine.
- Oncle Yann, fonce, je suis certaine que c’est Claire.
- Marie, si loin, et si je me trompais ?
- Tant pis... mais si c’était elle... Moustache le croit lui.
- Eh bien, nous allons voir !
Il se rapproche à nouveau, juste assez pour la voir tourner sur la gauche, passer un pont, traverser une rivière, emprunter une route qui s’accroche à flanc de montagne et qui grimpe tout droit vers le Parc National des Ecrins.
Et il attend qu’elle arrive tout en haut pour s’élancer derrière elle, afin de se dissimuler dans les courbes... et il la suit ainsi, jusqu'à un petit village, niché au creux d’une vallée, traversée par la Biaisse, Freissinières.
L’adresse sur le papier, plié dans sa poche.
Le réflexe de ralentir, de rester en retrait, et la regarder se garer devant une de ces vieilles bâtisses de montagne, au bois écaillé par la neige...
Et sentir son cœur se serrer, et le poids des enfants derrière lui, et surveiller le côté conducteur, et désespérer de la voir enfin y paraître.
Et ne plus savoir que faire, en la voyant sortir de l’habitacle, et serrer les dents pour un signe joyeux adressé à un homme assis à la terrasse d’un café.
Et les regarder, lui... cet homme, se lever et courir vers elle, et elle, contourner son véhicule, ouvrir le coffre, en retirer quelques paquets, les lui remettre, après avoir reçu un baiser sur chaque joue.
Et se rassurer par l’aspect amical de la caresse, bien plus en voyant ce François, - car il ne peut s’agir que de lui -, se diriger vers la maison voisine, où il retrouve sur le pas de la porte, une jeune femme, souriante, un enfant dans les bras.
Et il ne peut attendre davantage.
- Michel, ouvre... laisse sortir Moustache.
- Mais... elle va le voir.
- Je sais, et comme ça, elle comprendra que je... que nous sommes là aussi.
- Elle va repartir ?
- Plus maintenant, je ne crois pas. Non, je ne la laisserai plus partir. Fais-le, Michel, maintenant ! Avant qu’elle rentre chez elle.
La portière à peine entrebâillée, Moustache s’échappe, devient tornade, avec toute la force qu’il peut donner dans la voix.
Derrière le pare-brise Yann regarde Claire se redresser, se retourner avec lenteur, interdite, presque paralysée. Et son visage... la stupeur qui s’y installe, le regard autour d’elle, inquiet, son recul devant le chien déchaîné, se protégeant de son assaut, resserrant les bras autour d’elle.
Et appelant François...     le priant de retenir le chien... et se tenir droite, toute raide... face à la route.
- Oncle Yann, tu es tout pâle !
- Ce n’est rien, Marie. Rien. Je... je n’y croyais plus... c’est tout... Allez-y, tous les deux, mais ne la bousculez pas surtout. Je vais vous rejoindre... plus tard... j’ai besoin d’être seul un moment... c’est trop de bonheur d’un seul coup... bien trop et il faut que je me détende... Si elle me voyait comme ça... dans cet état... elle s’inquiéterait.
- D’accord, oncle Yann ! Mais on peut quand même lui dire que tu es là ?
- Idiot ! Comment on serait venu, sinon ? Qu’il est bête ! Allez, dépêche-toi... Cours ! Je crois qu’elle nous a déjà vus.
En effet, Claire les attend. Moustache à peine calmé, échappant à François, sautant toujours autour d’elle, faisant mille cabrioles, cajolé et pourtant tenu à l’écart.
- Bonjour vous deux ! Ça faisait longtemps !
- On peut t’embrasser, dis ?
- Bien sûr ! La route a été longue... vous n’êtes pas trop fatigués ?
- Non, nous... ça peut aller...
- Vous n’êtes pas fâchés après moi ? Je vous ai abandonnés !
- Tonton Yann a dit que c’était de sa faute, qu’il ne sait pas comment il s’y est pris mais qu’il a dû faire quelque chose de méchant, pas vrai Marie ?
- Oui... et je sais pas ce qu’il a, mais il est tout drôle...
- Yann ? Où est-il ?
- Dans la voiture... il veut pas sortir... Il a dit que... Claire... c’est vrai que le bonheur rend malade quand il y en a trop ?
- Trop de bonheur ? En ce moment... je le crois...
- Et c’est grave ?
- Non, ma chérie... ce ne l’est pas... bien au contraire... Sa faute... il a dit que c’est de sa faute... qu’il ne sait pas... je dois le voir... Tenez, soyez gentils de porter ces paquets, jusqu'à la maison, la porte est ouverte... Et emmenez Moustache, j’ai peur qu’il me fasse tomber en me sautant dessus comme ça.
Elle les suit du regard. « Malade de trop de bonheur »... Qu’a-t-elle fait ?
- Claire ?
- Je dois lui parler, François.
- Tu en es sûre ? Ça va aller ? Autant que je m’en souvienne, il n’est pas très commode en colère.
- Avec moi ? Jamais, François. Ce n’est pas dans cet état d’esprit qu’il est là. Je crois que j’ai commis une erreur... une énorme erreur... et que, même pour cela, il ne m’en veut pas.... et pourtant... il y aurait tellement à me faire pardonner...
- Si tu as besoin de moi, je reste là.
Yann ne peut détacher les yeux de Claire, la regarde serrer le bras de cet autre, debout près d’elle, se pencher vers lui, un instant. S’en éloigner.
C’est d’un pas tranquille qu’elle avance vers le bolide noir qui la poursuit dans ses rêves, ramenant sa longue veste autour d’elle. Du même pas égal qu’elle s’approche de la vitre ouverte, qu’elle s’appuie contre la carrosserie sombre.
- Bonjour, Yann.
- Bonjour, Claire. Je suis content de te voir, j’avais peur d’arriver trop tard.
- J’allais rentrer, bientôt.
- Quand ? Combien de mois encore?
- Assez pour... pour trouver la paix, pour me reconstruire, Yann. Tu ne restes pas ? Tu ne descends pas ?
- Je préfère que tu me rejoignes à l’intérieur. Je crains de ne pas être vraiment en état de remuer.
- Trop de colère ? Pas toi, je le sais. Et tu as déjà pardonné.
- D’être partie sans rien dire, en nous laissant tous fous d’inquiétude ? Tu mériterais que je t’en veuille... un peu, juste pour te punir. Tu ne veux pas t’asseoir, là, près de moi ?
- Attends, c’est difficile pour moi aussi, tu sais. Je t’attendais, un jour. Pas ici, mais, chez moi, à Paris. Je le savais, c’était inévitable. Pour moi aussi, une nécessité. Mais, avant, il... je devais te laisser du temps.
- Dans quel but ? Je ne te comprends plus, Claire.
- Celui d’oublier, de me pardonner. Tu m’as renvoyée et...
- Moi ? Quand ? Pas un instant je n’ai souhaité te voir fuir.
- « Va-t’en, quitte cet endroit » Je t’entends encore. Je ne t’en veux pas, tu sais, j’aurais dû t’en parler. Bien avant.
- « Va-t’en ? ». Tous ces mois perdus pour des mots ? Seulement pour quelques mots ? Je parlais de... de l’endroit, pas de ma vie... J’ai eu envie de le tuer, et je ne voulais pas que tu assistes à d’autres violences. Jamais je ne t’aurais chassée... toi !
- Je sais… mais si tard… J’ai eu peur, tellement ! D’avoir tout détruit, en me taisant. Autant que de te choquer, de te déplaire en t’avouant tout. En écoutant Marie et Michel, à l’instant, j’ai compris combien j’ai eu tort. Je t’ai fait du mal... beaucoup. Nous serions mieux à la maison.
- Pas encore, j’ai du mal à réaliser que tu es là, et si je bouge... je crois que je ne pourrais pas me tenir debout. C’est terminé... le cauchemar est fini... on n’en parle plus, tu veux bien ? Et lui ? Je le connais, non ?
- Tu l’as déjà vu. Sur cette route, près de Cassis... C’est François. Mon seul ami. C’est à lui que j’avais pensé, tu sais, pour l’usine. Quand j’en suis partie, c’est vers lui que je me suis tournée.
- Viens près de moi...
- Je viens, je te rejoins.
Fermer les yeux, retenir la fièvre qui monte en lui, heureux de la retrouver calme et sans angoisse.
- C’est la route, Yann, tu es fatigué. Vous venez de très loin.
- Pas seulement... Trop de bonheur aussi. Claire, pourquoi ne m’as tu rien dit ?
- Pour toutes ces raisons... parce que, quelque part, je me sentais coupable.
- Je ne parle pas d’hier... Pour moi, hier n’a aucune importance... Il s’agit de... de maintenant ! Pourquoi ne pas m’avoir averti ?
- Averti ? Que... Tu as deviné ? Comment ?
- Le chien, tu as eu peur de lui, peur qu’il te blesse. C’est pour quand ?
- Fin Janvier, début Février. J’ai du temps devant moi.
- Pas devant nous ?
- Tu pourrais ? Malgré ce que j’ai fait.
- Je ne veux plus que tu y penses, c’est compris ? Et je ne t’ai jamais condamnée... seulement cet homme, pour ce qu’il t’a amenée à décider. C’est du passé. Ce qui m’intéresse, c’est l’avenir. Notre avenir... Et avec un bébé, à moi, à nous.
- Ça ne t’ennuie pas ? Tu n’es pas en colère ?
- Devant toi, portant notre enfant ? Alors que je ne peux penser à rien d’autre qu’à cela, et ressentir une joie qui me laisse sans force. Rose, Grand-père, ils sont au courant ?
- Oui, ils avaient le droit de savoir.
- Et moi ? Mon Dieu, Claire, j’ai peur de te toucher.
La main de Claire, qui prend la sienne, l’attire vers elle, la pose sur son ventre à peine arrondi. La tête de Claire qu’il reçoit contre lui, les larmes, douces, sereines, qu’il cueille de ses lèvres.
Ne pas le lui dire ! A lui ! Par la lettre, dix fois commencée, dix fois refaite, là-haut, sur le bureau devant la fenêtre de sa chambre. En elle aucune intention de le lui cacher... seulement ne pas savoir comment lui en parler et craindre...
- J’avais peur, que tu ne te crois tenu de m’accepter, à cause de...
- Tu ne sais plus ce que tu dis ! Je suis venu vers toi, sans rien savoir. Et si je n’avais rien deviné, rien compris ? Si je n’avais pas cherché à te retrouver ?
- Je l’aurais aimé pour deux. Pour un jour te le rendre, et te l’amener, sur ton île.
- Tu ne veux pas me rendre ma part aujourd’hui ?
- Je suis si fatiguée de courir. Si je partais ailleurs ?
- Je te poursuivrais encore.
- Pas d’autre issue pour moi que de rester près de toi ?
- Uniquement si tu le souhaites.
- Oui, Yann. Toujours. Tu peux descendre maintenant ?
- Reste avec moi, encore un moment, comme ça, seuls... j’ai trop besoin de toi... Rose et Grand-père, ils ne vont pas tarder à nous rejoindre. La maison, peut-elle nous accueillir tous ?
- Pas vraiment, mais on peut s’arranger.
- Après tout... elle sera assez grande pour quatre, du moins pendant quelques jours. J’ai ma petite idée. Viens, encore plus près, je vais t’expliquer. Si j’ai bien suivi ton itinéraire, je crois que tu aimes l’Italie. Tu veux bien m’y emmener, suivre la même route avec moi ?
- Revenir en arrière ? Mais... Pourquoi ?
- Pour fermer la parenthèse, effacer de tous ces lieux la peine que tu y as laissée, reprendre aux dernières heures, juste avant que tu ne quittes le bureau, et transformer chaque larme en rire, créer dès à présent les souvenirs que nous souhaiterons y retrouver plus tard.
- Tu es fou ! Merveilleusement fou !
- Ça fait du bien quelquefois... Mais, cette folie-là, je crois qu’il vaut mieux la vivre à deux. Tu te portes volontaire ?
- Avec toi ? Les yeux fermés. Et maintenant ?
- Nous allons retrouver nos deux petits diables, puis tu me présenteras tes amis.
- Et après ?
- Après ? Eh bien... après, je crois qu’il sera temps que nous commencions enfin à vivre.
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