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Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

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Falaises - chapitre 29



Claire a disparu... envolée... Rose est effondrée, ne sachant plus à quel saint se vouer : Yann a perdu sa trace...
Il a retrouvé son véhicule, à Paris, sagement garé sur un emplacement de parking, près du bâtiment qui abrite son appartement. Les clés ? Remises dans une enveloppe à Louis, le maître d’hôtel du restaurant du rez-de-chaussée... avec la prière d’en aviser leur propriétaire... sans un mot pour ce dernier...
Chez Claire... aucun indice... de l’ordre... celui qu’elle doit donner aux lieux avant chacun de ses départs... Il s’y est attardé longtemps... souvent... Renseignements pris auprès du concierge, le loyer a été payé d’avance, pour les trois mois à venir... Une longue absence... sans donner de précision quant à sa destination... sinon... qu’elle avait l’air un peu pressée... Sans plus... mais pour lui, une presque promesse de retour.
Trois jours, à la chercher ! A remonter jusque chez elle.... Et personne ne l’a vue à Auriol... Ses parents ! Il les a haïs... Pas plus inquiets aujourd’hui que pour son premier départ. Pas moins indifférents.
Trois jours qu’elle a utilisés pour prendre ses distances avant que la première lettre n’arrive chez Rose. En droite ligne de Rapallo.
- En Italie ? Savez-vous si elle connaît quelqu’un là-bas ?
- Non, je n’en sais pas plus que vous. Laissez-moi lire, Yann.
Et rien qui puisse les mettre sur sa piste ! Elle écrit d’ailleurs quitter la ville dès l’enveloppe postée. Elle s’inquiète de Moustache, de Mâtine, elle demande à Rose de bien veiller sur eux, lui assure que, un jour, bientôt, dès que possible, elle les récupérera, qu’elle enverra quelqu’un les chercher... Et elle ajoute bien se porter, et beaucoup penser à elle, et qu’elle lui manque, que tous lui manquent... qu’elle regrette le souci qu’elle lui donne, qu’elle lui demande pardon de l’avoir si fort déçue.
- Me décevoir ! Ma petite fille chérie... Yann... pourquoi ? Elle est tellement malheureuse...
Deux encore, en provenance de Florence, toujours en Italie.
La première, adressée à Lucien Clériac, dans laquelle elle le remercie pour tout ce qu’il lui a apporté, souhaitant que tout aille pour le mieux pour lui... espérant qu’il ne lui en veut pas de l’avoir quitté ainsi.... dans laquelle elle lui demande d’embrasser Marie et Michel, très fort, d’encore un peu leur parler d’elle, de ne pas les laisser l’oublier trop vite... Pas un mot pour Yann.
La seconde, contre toute attente, pour Marjorie... la priant de faire le nécessaire pour remettre sa voiture entre les mains d’un concessionnaire Mercedes dont elle lui communique le nom.
Il s’est rendu dans ce garage, où le gérant lui a confirmé être chargé de la révision du véhicule... que ce dernier devait bien lui être amené tantôt... et il a eu envie d’assommer un entêté qui s’est refusé à lui en dire davantage sous le prétexte absurde et déplacé, en ces circonstances, de respecter les ordres transmis par sa cliente.
Encore du temps avant une autre lettre... encore pour Rose. Longue... très longue... un peu décousue... où ils ont deviné, entre les mots, un sentiment de bonheur à peine voilé, à peine dissimulé... qui, quelque part, rassure Rose, mais qui est douloureux pour Yann... Pour lui, qui, pour la croire heureuse loin de lui, est certain de commencer à la perdre. Une enveloppe postée à Vintimille... à la frontière...
- Elle rentre en France, Rose, j’en suis certain.
- Et ça nous avance en quoi ! En attendant, elle est seule... Du joli travail, Yann, vous pouvez être fier de vous !
- Je ne sais ce qui lui a pris, Rose, je vous le jure... Je n’y comprends rien moi-même.
- Vous avez bien dû lui faire quelque chose ! On n’agit pas ainsi sans raison... et surtout pas elle !
- Je ne sais pas... que pourrait-elle fuir ? Un possible jugement ? Elle sait que je ne lui reproche rien, que pour moi, elle n’est qu’une victime. Mais si c’est cela... alors oui... j’ai commis une erreur... Elle voulait m’en parler, la veille, et j’aurais dû l’écouter. Pas pour moi, pour elle, pour la tirer complètement hors de son passé. Mais elle va bien finir par revenir... ne serait ce que pour récupérer sa voiture.
- Ou bien elle enverra quelqu’un !
- Qui ? En qui peut-elle avoir assez confiance pour prendre ce risque ?
- Qui ? Personne... Je ne vois personne.
- Et son appartement ? Elle le garde encore... elle reviendra, Rose... un jour ! Et si je pouvais savoir, deviner, donner une mesure à l’attente, je reprendrais espoir, je deviendrais patient.
Des jours à surveiller un véhicule remis à neuf, pour arriver un matin et trouver l’emplacement libre.
Un mois entier à se lancer dans toutes les directions, la cherchant à l’aveuglette, dans une silhouette qui lui ressemble, un rire qui lui rappelle le sien. Sans fil conducteur, sans même une piste...
Et puis une décision... celle de prendre Moustache et Mâtine, tout ce qui lui reste d’elle, de les emmener là-bas, sur Ouessant... Sur son île, où elle devra se rendre si elle veut les récupérer !
- Yann, je ne peux pas vous laisser faire !
- Vous ? Rose, voyons ! Je suis plus fort que vous, vous lui direz que je vous y ai contrainte...
- J’ai l’impression de la trahir !
- Je ne changerai pas d’avis... et appelez-moi, si vous la voyez, si vous avez de ses nouvelles, sans tarder.
Des mois... à ne pas se résigner, à continuer à vivre... et puis l’usine... d’autres plans à livrer... d’autres villes... à travers la France... pour s’abrutir de travail, de fatigue et sombrer dans des sommeils sans rêve... Les retours sur l’île... les murs silencieux... les pièces vides... une Mâtine qui a perdu toute indifférence et ronronne seulement de l’entendre… et Moustache... Moustache qui attend, tranquillement assis sur le pas de la porte, tourné vers le débarcadère, guettant un homme aux grandes jambes... un homme qui a oublié les rires et les courses... un homme qui ne joue plus avec lui... qui ne le caresse plus que d’une main distraite... un homme qui arrive... qui avance... qui passe devant lui...
Et Moustache se lève, trottine en silence... jusqu'à un fauteuil où l’homme s’est laissé tomber... et il jappe doucement, regard invisible sous un rideau de mèches chocolat... et laisse glisser sa truffe sur un bras... la pose sur des pieds... devinant une peine... un désarroi... et malheureux de ne jamais parvenir à les dissiper.
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