L’insouciance, l’enthousiasme et la naïveté de l’enfance. C’est peut-être de les avoir perdus que l’humain n’est pas vraiment heureux.
Mais il est vrai que si une gamine qui sautille à la poursuite d’un galet au cœur d’une marelle de craie incite au sourire, il n’en irait pas de même pour un individu désormais adulte « respectable ».
Et pourtant… parfois il est des envies de courses, de rires, d’entrechats… Combien ils sont beaux, ceux-là… ceux qui osent rire, courir, chanter, danser sans se préoccuper du qu’en dira-t-on… ceux qui portent en eux « cette joie d’exister »…
Ce bonheur qui n’est dû à rien de particulier. Pas même au fait d’être amoureux, ou aimé… Simplement le bonheur d’être vivant, de humer le vent, de courir sous la pluie, même si ce n'est que pour fuir l’orage…
Un vrai bonheur que d’écouter le frémissement des arbres appelant les premières gouttes, juste avant l’averse… Et il est est vrai qu’ils frémissent… Et de respirer les odeurs d’un sous-bois, le parfum de la terre mouillée… Et celui de sentir la chaleur du soleil sur la peau, ou d’avancer dans la mer à l’heure où il trace sur les flots un chemin de lumière… de goûter l’âcreté d’un café paresseusement assis à une terrasse de bar, dans l’ombre d’un parasol, ou de déguster une tartine agrémentée d’un rayon de miel, accoudé à un rebord de fenêtre, aux premiers accords d’une journée qui s’éveille.
Et si, dans cette étrange époque où nous évoluons, la vie est souvent « fade, ennuyeuse, et rarement euphorique », elle se pare aussi de tous ces petits bonheurs – et il y en a tellement… tant et tant ! - qui ne doivent rien à personne… qui font qu’elle vaut la peine d’être vécue… et qu’il est parfois préférable de savourer en solitaire de crainte qu’un regard trop « pratique » ne les ternisse.
Mais il est vrai que je suis solitaire ! Je ne partage tout cela qu’avec deux, trois personnes…
Il y en a certainement une infinité qui ressentent tout cela… il n’y a rien de plus banal finalement, de plus banalement « humain »…
Mais souvent c’est juste exprimé par « tiens ! il fait beau aujourd’hui ! » ou « On dirait qu’il va pleuvoir, non ? » suivant la couleur d’un ciel… Comme si les gens avaient peur d’en dire davantage, de se découvrir imprudemment en livrant une part intime de leur jardin secret.
De laisser par mégarde une "fenêtre ouverte" sur cette part secrète que nous dissimulons tous à tous.