Rêver... c’est...
C’est justement ça... ou plutôt là !
Oui c’est sûrement là,
qu’Alice a franchi, un jour, à peine assoupie, la porte du royaume des songes. Regardez bien !
Ne les voyez-vous pas, ces traces qu’a laissées compère Lapin
sur le sable tendre du chemin ?
Et tout au fond ! N’est-ce point les murs de pain d’épices
et les toits de sucre candi dont s’est gavé le trop gourmand petit Hans ?
Attention ! N’avancez qu’à pas prudents ! Sans turbulence !
Car voici le lac des Fées dans lequel Elfes et Lutins se baignent au petit matin, éclaboussant l’aurore de gerbes de rosée et animant l’espace de ricochets de rires.
Et lorsque, tout ruisselants, ces êtres minuscules quittent ces eaux laiteuses, c’est sur un tapis d’émeraude polie qu’ils s’offrent à la tiède chaleur du soleil naissant.
Ecoutez ! Entendez-vous l’air bruire doucement aux mille frémissements de leurs ailes d’éphémères ? 
Et voilà que, de toute cette effervescence, s’exhale une brise légère et mutine qui s’attarde, espiègle, un instant autour d’eux, avant de se faufiler sans bruit entre arbres et buissons, nouant et dénouant à leurs branches emmêlées des rubans de tulle diaphane.
Voyez-vous ces clochettes d’argent limpide et ces touffes parme ?
Et là, les boules bleu d’azur ! C’est dans le plus secret de leurs fragiles pétales que se réfugie aux premières ombres du crépuscule tout ce petit peuple sémillant.
Respirez ! Dilatez bien vos narines ! Emplissez-vous le cœur et l’âme de ces parfums de jasmin, de lilas, de violette et de rose à peine éclose. Laissez fleurir sur le bout de votre langue des saveurs de fraise et d’anis. Fermez les yeux et... et... Mais... Que faites-vous ? Nonnnn !
N’avancez point trop votre nez ! Oh ! Quelle débandade !
Mes petits farfadets !
Vous les avez effrayés !