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Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

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Poudre d'or - Chapitre 03

 

Julie n’avait aucune envie de déserter un bouillonnement mousseux, ni de s’extraire de vagues à la chaleur bienfaisante, et décida de s’accorder encore cinq minutes. Le temps de laisser la décontraction l’envahir, jusqu’au plus petit muscle, au moindre tendon. Comment se nommait le génie qui avait inventé le bain à remous ?
Oui, mais... David ne devrait plus tarder à se manifester, et il n’était pas question de le recevoir aussi cavalièrement. Non ? Pas même une fois ? Juste pour se délecter de son expression !
Dix ans de moins, et, qui sait ? Pourquoi dix ? David approchait la trentaine. De loin... Quatre ans devant lui avant d’atteindre cette dizaine fatidique. Une éternité ! Alors que, elle ! Elle en avait franchi le cap depuis... une horreur !
Depuis son trentième anniversaire, elle avait subi six courtes révolutions terrestres autour du soleil. À l’échelle de l’univers pas même un battement de cils. Fichue planète… avait-elle besoin de s’essouffler à courir aussi vite dans l’infini, à dériver vers un but aussi mystérieux qu’inaccessible à tous ? N’existait-il personne capable d’actionner une pédale de frein cosmique ?
Qui donc lui avait mis en tête qu’un homme se devait d’être plus âgé que sa compagne ?
Là, elle s’égarait un peu et devrait se reprendre avant de le faire tout à fait. Pauvre garçon ! Julie rit doucement en imaginant la réaction de son « si » jeune ami affrontant la situation qui venait de lui traverser l’esprit.
Pourtant... il était vrai que la solitude lui pesait... par moments, pas toujours... uniquement à certaines heures.
Il advenait, parfois, qu’elle brûlât de se laisser aller au désir de céder à un sourire, à une œillade, à une invitation galante ; d’oser s’offrir le luxe d’un mirage sentimental, d’un détour dans une voie libertine, coquine et... tellement agréable !
Tromper de temps en temps l’ennui de ses nuits. De ses réveils aussi.
Que voulait-elle ? De la passion, de la turbulence ? Non, tout cela, elle en avait reçu une part plus que généreuse… Jamais plus de guerre ! Elle était saturée de batailles !
Ce qui lui manquait c’était... C’était une épaule d’homme, un corps, des mains d’homme... et... Maudit Gabriel qui veillait toujours sur elle avec plus de férocité encore qu’un hargneux bouledogue sur son os !
Ouste ! Mieux valait émerger de là avant de se laisser aller à des pensées tristounettes.
Une sortie de gala ! Qui pourrait expliquer cette subite fringale d’ambiance feutrée, de musique et de danse ? Elle sourit en évoquant la stupéfaction de David à l’autre bout de la ligne ! Lui qui avait décidé de l’emmener dans l’un de ces bistrots que, seul, il savait dénicher, puis l’entraîner dans une salle de cinéma !
Zut ! Il s’agissait d’un film avec Sean Connery. En dépit de son âge, ce type avait toujours une allure extraordinaire. À en ronronner presque de plaisir chaque fois qu’elle le voyait sur un écran…
Un idéal masculin ? Ardente inconditionnelle d’un acteur en particulier ? Des idées préconçues ? Non… pas Julie ! Pour ne pas être dotée d’une âme de midinette, pour être seulement séduite par un rôle et l’oublier sitôt la fiction achevée, pour n’avoir jamais confondu « homme » avec « personnage ». Pour avoir la certitude profonde que l’individu réel ressemblait à n’importe quel quidam dès sorti des plateaux de tournage : Aussi capable d’égoïsme que d’abnégation, de bonne ou de mauvaise humeur... porteur de qualités et de défauts, à l’image de tout un chacun.
Quelle tenue ? Elle verra plus tard ! Une décision importante, à la mesure des besoins qui s’agitaient en elle. Celui d’afficher le meilleur d’elle-même et de séduire... Celui de se prouver que, d’une certaine façon, elle était encore capable d’émouvoir et d’attirer un homme... De s’assurer que, au moins sur ce plan-là, elle existait toujours.
Ou seulement - pourquoi ne pas l’avouer ? - parce qu’elle adorait enflammer des regards !
Allumeuse ? Julie ? Pas du tout... Aucune provocation gratuite en elle, sinon la nécessité de se rassurer. Sans jamais encourager celui… ou plutôt ceux qui lui souriaient.
D’ailleurs elle ne sortait qu’accompagnée, afin de bien indiquer à chacun qu’elle n’était plus libre. Et David assumait, presque à la perfection, ce rôle d'ange gardien… de garde-« folle » surtout ! N’étant pas certaine de résister sans cesse à l’attrait d’une aventure, et refusant la perspective de quitter au bras d’un inconnu les lieux où elle se serait présentée pendue à celui d’un autre, ou en solitaire.
Pas même une fois... une seule ? Non… de crainte de se laisser aller à d’autres… et pourtant...
Attention ! Ne pas avoir le fard agressif : elle s’appliqua à bien poser le trait d’eye-liner, à en faire un composant naturel de son visage. Elle excellait en ce domaine. Suivant l’humeur, elle changeait aussi aisément d’allure que de parfum et, par les teintes adoptées, offrait à tous un aspect doux, mutin, sage ou sévère, mais également, parfois, très dur !
Au bureau, ils en avaient pris l’habitude. Son ombre à paupières ? Le baromètre de son état d’esprit du jour !
Ainsi, ce soir, elle se voudrait à l’unisson d’une atmosphère de lumière tamisée, ne paraître que tendresse et séduction. Elle savait jouer à la perfection avec la lueur des chandelles, dessiner une bouche pour la rendre affolante, déguiser un regard pour ne rien livrer d’essentiel.
Une petite garce ! Gentille, certes… mais malgré tout une garce !
Autrefois, Gabriel était fier de parader à ses côtés, l’entourant d’un bras, exhibant « sa femme», donc « sa propriété » ! Gabriel, encore lui ? Qu’il défilât ailleurs... Bon vent !
Deux coups brefs à la porte ! David était là et elle, pas encore vêtue ! Elle enfila un peignoir ultra court, hésita à peine en constatant qu’il lui couvrait tout juste les fesses, et courut lui ouvrir…
Il arrivait à point nommé pour l’aider à choisir.
- Julie ! Tu n’es pas prête !
- Tu vois bien que non, s’écria-t-elle en l’attrapant par la main et le tirant après elle jusqu’à l’intérieur de sa chambre. Où elle le lâcha pour se saisir des deux robes, encore sur cintre, déposées sur le lit.
- Dis-moi... à ton avis… La verte ou la noire ?
- La petite verte ? Pas question, je connais déjà, bien assez pour savoir qu’il est trop risqué de t’escorter avec ce simulacre de vêtement sur le dos. L’autre est parfaite, et j’adore une femme en robe longue.
- Ah, oui ? Bon choix, précisément celui que j’escomptais. Deux minutes et je te rejoins.
- Un coup de main pour la fermeture ?
- Pas le moindre ! Sers-toi un verre en attendant. Dis ! Comment t’en es-tu tiré avec ma nièce ?
- Ta nièce ? Ôte-moi d’un doute, quel âge as-tu en réalité ?
Elle le regarda de travers. Pourquoi David évoquait-il la fuite du temps ? Était-elle si évidente sur elle ?
Elle passa dans le dressing attenant à sa chambre, se plaça devant le grand miroir qui en recouvrait toute une paroi, se dépouilla du peignoir et s’appliqua à détailler, un instant, la silhouette qu’il lui renvoyait. Et, souriant à son reflet, elle décida qu’elle n’avait rien à envier à une adolescente… à toutes ces jeunettes qui ne savaient pas même s’attifer.
- Suis-je obligée de m’en souvenir ? Cria-t-elle à l’intention du jeune homme qui patientait dans la pièce voisine… Alors, puisque tu me le demandes, j’ai… fffff… j’ai treize longues années de plus qu’elle. Je suis arrivée très tard chez mes parents, un revenez-y qui a porté ses fruits. La dernière-née mais… Et zut !
Elle se contorsionna pour attraper la minuscule boucle de la fermeture éclair et la remonta tout en revenant auprès de David.
- Alors ? Comment me trouves-tu ?
- La dernière mais... certainement la plus réussie ! Je vais avoir du mal à tenir les loups à distance ce soir. Tu n’as aucune pitié !
- Tu es très élégant aussi. Nous y allons ?
- Pressée de traverser l’arène ! Celui qui te matera un jour existe, sais-tu, et vos routes finiront bien par se croiser. J’ai la ferme intention d’assister au spectacle.
- D’abord, mon âge, ensuite mon caractère ! Tu es exécrable. Peux-tu me dire ce que me vaut une pareille attitude ?
- Tu ne devines pas ? Justine ! Tu vas payer ce qu’elle m’a fait endurer aujourd’hui.
- C’est tout moi à vingt-trois ans ! Je croyais que vous alliez vous entendre comme larrons en foire. Navrée !
- Te ressembler ? À toi ? Alors, je promets de faire un effort car tous les espoirs lui sont permis. En route, le carrosse de votre Altesse est avancé.

 

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