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Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

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Falaises - chapitre 14

- Il n’écoute rien de ce que je lui dis. Claire, s’il te plaît !
- Tu ne peux pas toujours obtenir ce que tu veux de chacun, Marie. Michel a un droit de décision aussi.
- Alors, tu viens jouer avec moi ?
- Dès que tu auras achevé tes exercices. Tu ne m’auras pas avec tes grimaces, petit hérisson. File, dans une heure, nous verrons.
- Tu es pire que tonton Yann.
- Tant mieux ! Voilà qui me rassure.
Elle en a hérité. Tous les jours, depuis leur rencontre, ces deux diables arrivent, courant, qui devant, qui derrière, seuls à chaque fois, et repartent de même, après avoir pillé leurs réserves et chahuté Mâtine. Qui ne fuit plus, qui les attend devant la porte, chaque jour à la même heure, qui les accueille en acceptant, et même recherchant, coquine, une ou deux caresses, avant de s’éloigner, satisfaite de leur présence. Moustache, lui, est devenu invisible, part très tôt le matin, et ne revient qu’à la nuit tombée.
Michel s’est enfin décidé à ouvrir la boite que Yann lui a rapportée de Brest, deux jours plus tôt... et se lamente devant une maquette de voilier à assembler.
- J’aurais préféré un vélo neuf, le mien est trop petit.
- Ce n’est plus vrai, Michel, ton oncle en a remonté la selle. Ce navire, tu vas voir, il va t’emmener très loin.
- Ce bateau-là ? Tu me prends pour un bébé !
- Non, tu peux me croire, bien plus loin que ceux qui sillonnent la rade. Moi, sans même que tu aies commencé, je suis déjà sur l’autre rive de l’océan.
- Où ? Tu es toujours là, je le vois bien !
Claire se lève, dépose un baiser sur les cheveux dorés, caresse les boucles douces, ramasse son paletot.
- Tu ne sais pas voyager dans ta tête, Michel ? C’est là que se trouvent les plus belles traversées. Allons, je vais voir où est Rose. Tu pourras t’en sortir tout seul ?
- Sûr. Dans ma tête ! Et je la mettrais où, toute cette eau ? Je n’y comprends rien. Marie, tu sais, des fois, je me demande encore si Claire...
- Tu me laisses tranquille. J’ai mes ex... mes exercirces... mes exercices à terminer !
Claire abandonne la maison derrière elle. Elle s’est attachée à ces deux frimousses, si semblables, si différentes. Ils sont adorables, et tellement affectueux avec elle.
Yann se tient à distance, comme promis, et pour cela, elle lui en est infiniment reconnaissante.
Encore une semaine entière devant elle pour se reconstruire.
Rose est au beau milieu d’un groupe de moutons, leur disputant de petites touffes de fleurs aux coloris plus doux que les pastels qui ornent sa chambre à Paris. Claire n’a jamais vu autant de bibelots, de dentelles, de cartes postales, d’objets tous plus inutiles les uns que les autres rassemblés en un seul endroit. Cette chambre ! Le reflet d’une vie entière au travers de détails assemblés et juxtaposés.
- Méfiez-vous, ils vont vous prendre pour un chardon !
- Les ânes... ignores-tu que seulement les ânes en raffolent ?
- Si vous le dites ! Vous allez vous en faire des ennemis, ils ont le plat de résistance peu abondant et vous leur enlevez le seul dessert qui leur reste.
- De pauvres fleurs... qui se battent pour survivre contre les pires éléments... et tu crois que je vais les laisser finir dans la panse de ces stupides bêtes à cervelle d’oiseau ! Elles seront plus en sécurité sur le rebord d’une fenêtre, et elles pourront y grandir encore plus belles. Aïe !
- Rose ? Ça va ? J’arrive.
- Ce n’est rien, un coup de sabot. Quand je te disais qu’ils sont idiots, ces moutons. Pire que ceux de Panurge !
- Montrez-moi. Ce n’est pas rien, vous avez une entaille, juste au-dessus de la cheville. Venez, je vais voir ça...
- Aïe ! Ça fait mal ! Il n’y est pas allé de main morte ! Sacré animal ! Je n’ai jamais aimé les moutons.
- Et ils vous le rendent bien. Trop dociles peut-être pour vous ! Asseyez-vous sur ce rocher.
- Je crois que je vais te donner du souci, je n’arrive pas à m’appuyer sur mon pied.
- Si douloureux que cela ?
- Je suis désolée.
- C’est vous qui souffrez, Rose... Nous sommes loin de la maison... pensez-vous y arriver avec mon aide ?
- Je ne sais pas, mais nous pouvons toujours essayer.
- Non, c’est idiot ! Je vais chercher Dominique, à deux, ce sera plus facile... Et il n’y en a que pour quelques minutes... tenez, prenez ma veste et ne bougez pas de là !
- Pour cette fois, tu peux y compter... quoique... Regarde, ce gros frisé tout noir, il m’attend sûrement pour une valse.
- Débrouillez-vous pour le tenir à distance, couvrez-vous bien. Je reviens.
La maison de Yann est à quelques centaines de mètres, juste derrière la petite butte à sa droite... Une simple course, elle en voit déjà le toit… la cheminée qui fume... Dominique est là... il n’est plus très jeune mais encore assez robuste pour l’aider à porter Rose... elle passe la barrière... appelle et... Personne ?
Elle traverse le jardin, se penche au-dessus du muret de pierres sur lequel la maison s’appuie. Pas âme qui vive dans la lande alentour...
Tout ce temps de perdu et Rose, seule, qui attend... Elle doit maîtriser l’affolement qui la gagne... faire demi-tour et... se retrouver face à Yann qu’elle n’a pas entendu arriver, et de Moustache qui l’accompagne.
C’est donc là qu’il disparaît à chaque fois ! Le traître !
- Vous avez besoin de Dominique ? Il est encore à la recherche de ses coquillages, et vous le trouverez sans doute à Yuzin ou au...
- Yann ! Dieu merci, vous êtes là ! Venez, je vous en prie, venez vite.
- Les enfants ? Un accident ?
- Oh... non ! Pardon, Yann ! Les enfants vont très bien...C’est Rose, elle est blessée...
- Où est-elle ?
- Derrière, là, tout près... Dans le champ abandonné, à hauteur de l’enclos... c’est un mouton qui... venez... venez vite... il faut m’aider à la transporter...
- Calmez-vous, je vais la chercher, et, pendant ce temps, préparez le nécessaire. Dans la première pièce, à droite dès l’entrée... vous y trouverez une trousse de premiers soins.
- Mais...
- Faites ce que je vous dis, et ne vous inquiétez plus. Je la ramène et nous verrons si nous devons la conduire chez un médecin.
Claire ne peut le retenir. Les soins ? Elle a du mal à franchir la porte entrouverte, la salle dans laquelle elle pénètre, est la même, à peu de choses près, que celle de la maison où elle a été invitée, sinon...le sol... plus bas. Deux marches à descendre, ce qui donne davantage de hauteur au plafond... Yann a dit à droite... la première pièce.
Une radio sur un établi... des outils, de la colle... tout un attirail de pinceaux, de tubes de peinture... et une grande boite marquée d’une croix, entre deux coffrets fermés. La trousse ? Seigneur, elle pèse une tonne ! Pas moyen de la soulever. Claire y prélève ce dont elle pense avoir besoin. Sans en être sûre. Jamais, elle n’a jamais eu à faire ça ! Elle n’est bonne à rien dans de telles circonstances !
Du coton, de l’alcool, des gazes, du sparadrap... Et ça ? A quoi cela sert-il ? Et ces bouteilles ? Elle verra bien. Et puis Yann... Yann doit savoir ce qu’il faut faire. Elle ramène tous les flacons, les pose sur la table basse devant le canapé et... n’en peut plus d’attendre... et s’élance, prête à courir vers eux, à leur rencontre, pour se heurter à Rose, toute menue contre la poitrine de Yann.
- Tu veux donc m’achever ! Beaucoup de tracas pour rien du tout. Souris, Claire, regarde, j’en profite !
- Oh, Rose... Rose, je ne sais quoi faire, nous allons vous ramener à terre. Yann, allons-y sans attendre plus longtemps.
- Comment ? A la nage ? Il n’y a pas de bateau avant demain. Et nous avons un médecin sur l’île...
- Ici ?
- Bien sûr, que croyez-vous ? Pas de panique, ce ne sera rien. Et venez, vous allez m’aider à soigner notre amie...
- Moi ? Mais... mais je ne sais même pas à quoi servent tous ces produits !
- Alors, pour vous, le moment d’apprendre est venu. Rose, je vais vous installer sur ce fauteuil, et tenez-vous tranquille !
- Déjà !
- Les meilleures choses ont une fin, désolé. Allons, soyez sage et montrez-moi.
- Voici mon pied, ma cheville, et mon cœur en...
- Votre cœur se porte comme un charme, vous êtes une petite diablesse à tenter ainsi un homme désarmé.
Claire se tient en retrait, et les écoute rire, et les regarde... surtout les mains de Yann... elle les a éprouvées chaudes et douces, elle les découvre adroites et sûres.
Elle ne sait comment se rendre utile, paralysée pour s’avouer affreusement maladroite, et demeure près d’eux, raide de le regretter. Elle ne bouge pas d’un pouce quand il se redresse et se dirige vers l’endroit où elle a trouvé ce qu’elle pensait indispensable à soulager son amie, et elle sursaute au contact des doigts de Yann sur ses bras et obéit, inconsciente, à leur pression. Elle recule, s’efface, le laisse aller plus loin, en revenir avec une bande qu’il enroule autour de l’articulation blessée.
- Voilà, Rose, c’est fini ! Pour être tout à fait tranquille, je vais demander au docteur Donnadieu de passer vous voir, mais je suis certain que dans quelques jours vous reprendrez vos courses. Ce n’est rien de bien méchant, rien qui saurait abîmer un aussi joli pied. Ça va mieux ?
- Flatteur ! Je peux vous embrasser ?
- Autant que vous le voulez. Et vous, Claire, ça ira ?
- Oui, merci, Yann. Sans vous, je n’aurais pas su quoi faire.
- Il ne faut pas dire cela, on sait toujours. Venez, il faut ramener notre séductrice et j’ai un merveilleux carrosse pour elle.
Elle est heureuse de se retrouver à l’extérieur, de respirer à pleins poumons l’air du large... d’échapper à l’odeur d’alcool et de désinfectant...
- Je ne suis bonne à rien...
- Vous exagérez...
- Non, j’aurais été incapable de... je me rends compte que... je ne sais rien faire de mes mains...
- Elles ont su consoler Marie pour un genou écorché, elles se sont montrées assez patientes pour démêler le fil de pêche de Michel... et assez habiles pour recoller l’aile d’une cigogne de porcelaine afin d’éviter une punition à deux diables turbulents...
- Vous l’avez donc découvert ? Je suis désolée... j’avais pourtant fait de mon mieux !
- Le travail est adroit... mais ils ont avoué leur forfait !
- C’est vrai ! J’en suis contente...
- Ils n’ont fait que suivre votre conseil... Le meilleur qu’ils auraient pu recevoir... Attention, il fait sombre à l’intérieur...
    Ils sont arrivés devant la remise, et Yann l’invite à y pénétrer, l’abandonne le temps d’entrebâiller les lourds volets...
- Regardez ! Que pensez-vous de mon idée ?
    Une brouette de bois aux longs brancards légèrement incurvés, aussi large que profonde.
- Là-dedans ? Vous comptez ramenez Rose dans cet engin ? Elle va vous détester jusqu'à la fin de ses jours... Elle ne voudra jamais.
- Pari tenu ! Derrière vous, vous voyez ces bottes de foin ?... Donnez-m’en quelques brassées. Sentez, Claire... elles portent encore l’odeur du soleil et de la mer.
En quelques gestes, tout est achevé. Un nid confortable, à la taille de Rose, prêt à l’emporter, et, au milieu de tous ces parfums, Claire se surprend à rire.
Rose... vieille demoiselle, au ton si vert, à l’allure tellement raffinée, embarquée dans un tas de paille séchée !
- Alors, comment trouvez-vous le résultat ? Vous ne voulez pas l’essayer ?
- Mon Dieu, non ! Elle va grogner jusqu'à la maison. Surtout ne l’écoutez pas, vous ne savez pas combien elle a la langue acérée. Et les jurons qu’elle peut lancer quand tout ne va pas comme elle le souhaite. Pauvre Yann, elle ne vous offrira plus de délicieux desserts. Dépêchons-nous, moi, j’ai hâte d’assister au spectacle.
- Rose, des jurons ? Vous vous moquez de moi, Claire, c’est une dame si...
- Si... Justement ! Elle a grandi dans l’un des quartiers les plus pittoresques de Paris. Elle en est l’âme... Vous verrez, vous allez adorer !
Et c’est toujours joyeuse qu’elle suit Yann poussant, sans effort, malgré le fou rire qui le secoue, une Rose cramoisie, pas vraiment ravie de la balade, repoussant d’un chapelet de trivialités un idiot de chien obstiné à vouloir la rejoindre dans un écrin d’herbes bruissantes.
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