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Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

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Falaises - chapitre 17

Deux jours, deux jours entiers à s’apprendre. Ils ont eu toutes ces heures. Seuls.
Rose essaie par tous les moyens de les libérer de la moindre contrainte, et retient les enfants près d’elle.
- Dis, Rose, où ils vont encore aujourd’hui ?
- Va savoir ! Alors, mes poussins, qu’allons nous faire en les attendant ? Une partie de cartes ?
- Tu vas encore tricher.
- Promis, juré, je ne le ferai pas.
Tous trois regardent Claire et Yann courir vers la côte. Encore assez près pour entendre leurs rires, déjà trop loin pour lire la complicité qui s’est installée entre eux.
Au contact de Yann, Claire est revenue à la vie. Et lui, veille sur elle comme sur une enfant fragile et se garde d’exiger plus que ce qu’elle lui offre, son affection et un abandon qu’il espère total bientôt. Et il étouffe en lui le désir, pour, à son heure à elle, ne répondre qu’au sien. Un seul regret, son départ pour Brest, trop proche, qui va la lui enlever, lui laissant peu de temps pour la gagner totalement. Alors, il prend chaque rire, chaque geste, le moindre de ses élans vers lui, comme autant de cadeaux.
Ils passent des heures entières de douce quiétude, simplement assis, appuyés contre les roches au pied du phare, à observer les flots se briser sur les récifs et suivre les mouettes taquiner les nuages, sans parler, ou à peine pour deviner le nom des bateaux qui franchissent leur horizon. Se souriant, toujours. Ils marchent à travers l’île, et ils se racontent et se dévoilent, sans hâte, au rythme lent de leurs pas, reliés l’un à l’autre, par un bras autour d’une taille, une tête contre une épaule, ou seulement par des doigts entrelacés.
Claire a tout, presque tout, livré... tout un hier enfui, enlevé, oublié... Il ne lui reste que ses envies de demain à offrir... des lendemains qu’elle veut libérés des ombres qui la retenaient.
Yann a raconté son enfance entre ciel et eau, son attachement pour son grand-père et leur histoire. Clériac ? Pas seul du tout ! Un jeu, une façade... Après leurs colères et leurs querelles à tous deux lorsqu’il s’est agi des choix relatifs à son avenir, tous ont cru à l’isolement de l’un et à l’indifférence de l’autre. Le libre choix de son grand-père d’en entretenir l’illusion ; rien de plus qu’une ruse de vieux routier dont l’aïeul use et abuse sans scrupule, leurrant son monde, jouant avec une apparence de vieil homme isolé et vulnérable, pour mieux surprendre un éventuel adversaire.
- Une tactique redoutable ! Et il m’a bien eue...
- Bien plus que tu ne le crois.
- C’est vrai ? Il ne m’a jamais parlé de toi.
- A moi, il m’a fait connaître son intention de prêter sa maison, sachant que cela me mettrait dans une colère noire.
- Tu veux l’île pour toi seul ? Je peux partir, dès demain... ou ce soir... maintenant !
- Tiens-tu à me voir traverser l’océan à la nage pour te rejoindre, au risque de m’y noyer ?
- Non... Ce serait affreux !
- Je te manquerais donc un peu ?
Elle s’éloigne et court, riant de le voir s’élancer après elle, se laisse capturer et s’appuie contre lui.
- Ce n’est pas ça du tout ! Mais, de tes grandes jambes, tu arpenterais les fonds marins sans relâche, au point de faire fuir tous les poissons, et... et j’aurais tous les pêcheurs sur le dos !
- Je serais donc aussi coriace ?
- Pire encore... Je te veux invulnérable, éternel.
- Nul ne l’est.
Un mouvement inattendu qui la hisse vers lui pour réunir leurs sourires dans un baiser à peine esquissé.
- Toi, oui !
- Claire... 
- Un bateau arrive... il approche du débarcadère.
- Je m’en moque. Regarde-moi !
- Ton domaine est pris d’assaut...
- Je le leur cède... dis-moi...
- Ton royaume envahi...
- Tant pis... Vas-tu vraiment partir, vas-tu quitter Ouessant ?
- Quelques jours...
- Seulement... des jours...
- Pas longtemps... Je reviendrai.
- Bien vrai ?
- Je crois que... j’ai droit à encore un peu de vacances. Yann, ils sont deux.
- Tant mieux pour eux... Alors tu vas revenir... Quand ?
- Dès que possible... Ils se dirigent vers la maison. Allez, cours !
Elle s’esquive, se détache, s’amuse de le laisser en arrière.
- Hé ! Je n’ai pas fini... Maudits touristes. Claire !
Il la retrouve au bas de la pente, l’attendant sagement, lueur taquine au fond des yeux.
- Tu manques d’entraînement.
- Prétentieuse ! Je te rattrape quand je veux... mais je préfère... te regarder courir devant moi... et bien plus vers moi.
- Viens, ils sont tout près !
- Attends !
Il la retient, par ses mains encadrant un visage qui le hante sans cesse, par ses yeux qui cherchent et plongent dans un regard où il aime tant se perdre, par sa bouche qui capture des lèvres où il retrouve le goût du sel, le temps d’en recueillir un souffle... Un instant seulement... et il est heureux parce qu’elle ne se dérobe pas, et bien plus encore parce qu’elle lui rend la caresse, parce qu’elle se pose contre lui... et de la garder ainsi pour reprendre leur marche, un bras autour d’elle...
Pour s’immobiliser à proximité de la façade blanche aux volets bleus, surpris par l’attitude des enfants, et bien davantage en reconnaissant ceux vers qui ils courent... ceux qu’ils embrassent !
- Tu as... ou plutôt, nous avons une visite imprévue. Sacré bonhomme ! Bien trop impatient.
- Qui ?
- Tu ne devines pas ? Dépêchons-nous, en vérité... je m’y attendais mais... pas si tôt !
- Monsieur Clériac ! Et Marjorie... Pourquoi sont-ils là ?
- Sa secrétaire, parce qu’il déteste voyager seul, et lui... je te laisse le plaisir d’en découvrir la raison !
- Sans doute ce fameux dossier... Oh, Yann... pas déjà !
- Si tu peux y croire ! Allez, ne faisons pas attendre plus longtemps ce vieux tyran.
Rose et Clériac, Marjorie, les enfants... ils sont tous là... et en voyant, de plus près, les sourires de tous ces visages, Claire frissonne. Dans les yeux d’un bonhomme rusé, dans l’expression qui éclaire son regard, elle déchiffre le contentement de celui qui a gagné un pari. Et elle se surprend à se détacher de Yann, à effacer l’image qu’ils leur offrent, elle regrette de donner à leur amitié, à l’attachement tout neuf qu’elle ressent pour lui, un aspect trop officiel, déjà acquis et presque définitif. Et elle craint par cela de se retrouver à nouveau liée, engluée, dans un réseau de décisions qu’elle n’a pas été seule à prendre. Et, là, devant elle, elle sait qu’un grand-père, tendrement conspirateur, que le vieil homme qui secoue doucement la tête, gentiment désapprobateur, comprend aussi.
Ils ont apporté, avec eux, les bruits de Paris et les dernières nouvelles. Ils les ramènent à la réalité. Le dossier ? Dans le porte-documents de Marjorie, pas aussi urgent que cela, qui peut attendre, mais bien réel. Pas aussi important pour Lucien Clériac qu’une rencontre qu’il a provoquée et dont il attend bien plus. Leur présence ? Pourquoi pas l’innocente conséquence d’une légère inquiétude à n’avoir aucune nouvelle ! Ou encore... et surtout... l’impatience d’évaluer, sur place, de la réussite ou de l’échec de ses manigances. Sans compter évidemment, - il ne faut pas en douter -, une envie subite, de retrouver son île et ses arrières petits-enfants qu’il voit si peu... à peine... jamais !
Mais bien trop tôt pour Yann qui sent Claire se reprendre, s’éloigner de lui, et redevenir celle que son grand-père connaît... Celle des Etablissements Clériac. Froide, déjà professionnelle, décidée à ne pas se laisser manipuler, à refuser un lien fixé par avance, et surtout de tomber dans un piège dressé par un autre.
Juste à temps pour Claire, pas totalement liée à Yann, pas prête pour cela. Mais l’espérant innocent, totalement à l’écart du jeu de son employeur, ne le souhaitant en rien complice des agissements de ce dernier.
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