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Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

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Poudre d'or - Chapitre 27

- Mais qu’as-tu, Julie ? S'exclama Claudine. Depuis que tu es rentrée de vacances, tu n’as pas cessé de me houspiller !
- C’est la troisième fois que je te retourne ce courrier, si tu ne sais plus taper un rapport correctement, tu... oh ! C’est de ma faute... j’ai inversé mes chiffres... Je suis désolée.
- Ce n’est pas grave...  
- Sans doute, mais je n’ai pas à passer ainsi mes nerfs sur toi...
- Tu sais, soupira Claudine, avec un air résigné, c’est le triste lot de toutes les secrétaires.
- Vraiment !
- Si je le dis, tu peux le croire...
- C’est bon à savoir, je me sens soudain beaucoup moins coupable ! Pas de message pour moi ?
- Mais... tu as pris tous les appels de la matinée ! Tu m’inquiètes... si tu as un problème...
- J’ai seulement un peu de mal à me remettre dans l’ambiance, tu verras, dans quelques jours, ça ira mieux.
- Voilà qui ne te ressemble pas.
- Que veux-tu... tout arrive ! Bon, je te laisse... en cas de besoin, je suis à l’étage...
    Sortir ! Elle doit sortir de là, d’un périmètre de murs où rien ne peut la réconforter, où rien ne sait la distraire d’une attente insoutenable.
Un mois entier, à se remplir de lui, à l’apprendre, à le regarder vivre et à vivre par lui. À peine un petit mois, déjà envolé... dont Julie ne veut rien oublier, pas même les moments de doute, pas même les nuits et leurs heures silencieuses à l’écouter respirer jusqu'à épouser le rythme apaisant de son souffle, à redouter un front soudain moite ou à guetter une faiblesse et trembler de soulagement entre la force tranquille et assoupie de ses bras... elle veut tout garder intact en elle, aussi bien la joie que la souffrance, pour les avoir ressenties par lui... jusqu'à la moindre émotion...
Trop peu de temps, pas suffisamment pour endurer le cœur léger des séparations trop longues...
Pourquoi s’obstiner à rejeter l’offre de son oncle ! Rien ne l’obligerait à travailler avec elle, si c’est ce qui le freine, mais il pourrait rejoindre l’équipe de Michel ou celle de Raymond, ils se plaignent constamment d’être débordés... Et ils ne sont pas assez ambitieux pour piloter efficacement leur département... Julien, lui, saurait en assumer la pleine direction.
Il n’est pas question que Julie renonce à son poste, mais lui céder le secteur impression et mise en page ne l’ennuie pas du tout, un service complémentaire du sien mais que rien n’empêche de devenir indépendant, avec ses propres clients et une totale autonomie sur le choix de ses contrats ou objectifs.
Déjà trois jours... à se traîner, à gaspiller son énergie dans une tentative absurde d’être efficace, ne s’animant vraiment qu’aux alentours de Midi. Parce que Julien la rejoint, parce qu’elle lit dans ses yeux la même impatience, parce que sa main est toujours prête à saisir la sienne.
Encore deux... et ils reprendront la route vers Aups.
    Elle a hâte de se réfugier dans une maison qui la rassure, avec ses murs épais et solides, semblables à des murailles invincibles derrière lesquelles elle le veut à l’abri, où elle peut le maintenir hors d’atteinte de tous. De tout. Où il n’appartient qu’à elle.
Julien... C’est bien trop long ! Quand va-t-il se décider à la joindre, à lui communiquer les résultats des dernières analyses ?
Il connaît pourtant la mesure de son angoisse... Comment pourrait-il l’ignorer ! Et s’il n’appelle pas... c’est mauvais signe, c’est que... ça doit mal se passer !
Non, pas après les dernières semaines sans aucun symptôme alarmant. Et à quand remonte la dernière poussée de température ?
En fait... il n’y en a eu qu’une seule... quelque chose d’atroce, qui lui a rappelé les accès de malaria dont souffrait l’un de ses oncles, et Julie voudrait ne plus avoir à y faire face... pour ne pouvoir rien... rien qui soulage vraiment... sinon être là... près de lui.
Une crise survenue dès le lendemain de leur arrivée... et qu’elle a voulu justifier par une intervention chirurgicale qui l’avait affaibli, un changement de lieu et la fatigue d’un trajet en voiture dans la chaleur lourde d’un début d’été... ou tout simplement à cause d’elle, d’une émotion nouvelle dans sa vie... pour plein de raisons logiques... parce que, depuis, plus rien... sinon deux ou trois suées insignifiantes, et, en Julien, une énergie sans cesse renouvelée, et à chaque matin, plus intense.
L’insensé ! À aucune occasion, il ne lui a donné l’impression de quelqu’un qui devrait à tout prix se ménager. Encore heureux qu’elle se soit trouvée à ses côtés, par son manque total d’entraînement et son inexpérience, elle l’a contraint à limiter ses grimpettes et ses escapades au strict minimum... et à un rythme acceptable dans son cas.
Quand elle y pense... un Julien en pleine forme ! C’est, pour elle, l’épuisement assuré si elle s’obstine à le suivre partout.
Et cependant, au bout de la course, la récompense promise était à la hauteur de l’effort demandé et il lui a appris à regarder une région, qu’elle croyait pourtant bien connaître, d’une tout autre manière.
Et pas seulement cela... Ils en ont fait leur territoire, leur paradis à eux, à travers chaque halte prolongée, par chaque arbre, confident inattendu de leurs désirs et de leurs rêves.
Ils se sont dessiné un avenir, ils ont élaboré tellement de projets... ils ne peuvent que les mener à terme... tous ! Et il n’est pas question de se laisser abattre, ni seulement décourager, elle veut une Julie heureuse et souriante... pour Julien.
Pour commencer, une maison, bien à eux... L’appartement de Julie est splendide, mais il y a trop de tristesse entre ses murs, et elle se découvre superstitieuse au point de l’imaginer contaminer leur bonheur tout neuf.
Quant au bric-à-brac de chez Hélène, c’est bien joli... mais un temps. Pas trop ! Il ne leur ressemble pas et puis... ce n’est pas « chez eux ». Ils s’y savent seulement de passage, et elle veut un endroit qui les retienne, qui les sécurise, elle veut situer leur existence dans un environnement stable, surtout construit pour durer l’éternité.
Dès leur retour, ils se sont lancés dans l’aventure, sans avoir spécialement défini ce qu’ils recherchent, et dans l’attente d’un coup de cœur.
Ils en ont visitée une, pas plus tard que la veille. Pas très grande mais bien assez confortable, avec une exposition exceptionnelle et... une piscine, pour qu’ils puissent continuer leurs ébats aquatiques...
Julie ! Est-ce bien le moment de penser à cela !
Trois chambres, une cuisine, deux grandes pièces, toutes ouvertes sur la rade, et une énorme cheminée... Dans le Midi ! Quelle idée saugrenue de prévoir, pour une région pareille, un âtre digne des froids polaires !
Et sans oublier une aile à restaurer. Juste ce qu’il faut pour un bureau où Julien se sentirait totalement indépendant, et ... une salle de jeux pour les jours de pluie... mais ils ont le temps... ils décideront sur place... ça, c’est secondaire.
Un prix trop élevé et qui devra être discuté, mais si elle plaît autant à Julien qu’à elle-même, elle est prête à signer immédiatement.
Julien... Que fait-il ? Où en est-il ? Ça n’en finit plus...
Tiens, pourquoi ne pas demander à David et Raymond, d’y faire un tour, d’en prendre quelques photos et de lui croquer un projet de rénovation ? Une façade de maison de poupée, avec un pignon, des arabesques de tuiles, des murs de coquillages transparents, sans porte ni fenêtre infranchissables, offerte à l’air du large, aux embruns...
Rêve, fillette, rêve... Plus sérieusement... la dessiner à leur image pour qu’ils y vivent heureux.
Comment ne plus entendre les haut-parleurs qui la narguent, qui appellent Raymond, Stef ou Gisèle... et jamais elle.
Bientôt l’heure du déjeuner et toujours rien ! Sinon David, vu trop tard pour lui échapper, qu’elle imaginait chagriné à cause du départ de Justine, et qui, apparemment, s’en est fort bien remis.
- Salut, Julie ! Tu me tiens compagnie ce midi ? Tu es ravissante... Fais voir tes yeux... Vert et or ? Le nirvana ! Dis donc, trois jours sans un cri, sans un rappel à l’ordre, à croire que tu nous offres des vacances !
- Idiot ! Va demander à Claudine ce qu’elle en pense. En revanche, en mon absence, vous vous êtes débrouillés comme des champions !
- Oui, à d’autres ! Tu as dû dépenser une fortune au téléphone... Au fait... nous avons un rendez-vous à seize heures.
- Avec qui ? Personne ne m’a rien dit.
- Un certain... Castel Gabriel.
- Encore !
- Oui, il semble désireux de nous confier sa prochaine campagne publicitaire, et il pense que, cette fois-ci, tu ne la refuseras pas... « Julie sera trop occupée ailleurs, pour y mettre son nez » Textuellement !
- Il se fait des illusions. Un gros budget ?
- Intéressant... Un début, je pense. Alors ?
- C’est à voir... nous allons étudier son affaire sérieusement, comme un client ordinaire et en gage de paix entre nous.
    Une voix qui résonne... qui clame un prénom...
Et Julie tremble, le cœur au bord des lèvres, sans courage, prise de vertige, sans plus savoir où situer le téléphone le plus proche...
- Julie ? Bonjour, c’est Ed. Comment allez-vous ?
    Elle doit se retenir au bord du bureau. De soulagement ? De déception ? Elle ne sait plus. Elle avait complètement oublié Ed Musslër et sa promesse de les rejoindre dans le courant de la journée.
- Ed ? Très bien. Alors, vous arrivez toujours ce soir ? Par quel avion ? Si vous le désirez, j’irai vous prendre à l’aéroport.
- Je suis déjà là, petite. J’ai pris celui de sept heures et je suis avec Julien. Il tient à me faire voir je ne sais quoi, que paraît-il, vous aimez beaucoup. Il est encore entre les mains du Professeur Robin et il m’a chargé de vous appeler.
- Ce n’est pas fini ? Ed... vous ne savez rien ? Rien de plus ?
- Non, Julie, et ça risque de durer un moment. Ensuite, cette affaire dont il ne veut rien me dire et puis... nous nous retrouverons à la maison.
- Ce soir ? Pas avant.
- Attendez... Deux secondes. Non... Julien vous demande de rester au bureau. Dès que nous en avons fini, nous passerons vous prendre.
- C’est d’accord. Comment va-t-il ?
- Très bien, ne vous tracassez pas. Je m’occupe de lui.
- J’y compte, Ed. Merci pour tout. Ne tardez pas.
- C’est promis.
    Ne pas pouvoir contrôler le tremblement de ses mains. Elle ne doit pas lui infliger le spectacle de son désarroi. Elle se veut forte, pour lui, pour eux.
Un déjeuner sans lui, le premier depuis... Autant accepter la compagnie de David, et s’abrutir de travail.
Le temps est un ami charitable, il a beau s’étirer, paraître cesser sa course, il n’en finit pas moins par passer. Sans retour, ce qui est parfois regrettable, inévitablement, ce qui est mieux, dans certains cas.
Encore le téléphone, Claudine toujours en vadrouille, et une lettre à dicter... Vivement que la journée s’achève. Sur un café. Un autre. Une vraie pelote de nerfs à vif ! Le haut-parleur... Cette satanée gamine va en prendre pour son grade !
Et deux coups à la porte...
- Entre. Où traînais-tu encore ?
- Je viens d’arriver.
Une voix sous laquelle elle frissonne… et une main... sa main... qu’elle connaît si bien, qui dépose un gobelet fumant devant elle. Faire pivoter son fauteuil... revivre une émotion oubliée.
- Julien...
- Noir, serré et sans sucre. Tu désires autre chose ?
    Et il ose le demander ! Alors qu’elle est déjà debout, doigts tendus à la rencontre des siens, rassurée de leur étreinte chaude, ferme, et tranquille.
- Toi ! Seulement toi ! Tu m’as manqué... Si tu savais.
- Tu en as fini ici ?
- Oui, je peux tout laisser. Rien que je ne puisse reporter. Nous partons dès que tu le souhaites. Attends ! Le rendez-vous... Tant pis, ils se débrouilleront sans moi. Viens, filons.
- On se sauve ?
- En catimini ? Et Ed ?
- Reparti. Il t’embrasse, et... moi aussi...     
- Julien...
    Se laisser aller contre lui, en arriver à le détester pour un visage impénétrable, et trembler pour la douleur qu’il pourrait vouloir ainsi lui cacher, et s’offrir sans réserve à ses lèvres. Et tout prendre...
    À peine le temps de ramasser son sac, d’un signe à Claudine, et de croiser David et Gabriel, exacts au rendez-vous.
- Que vient faire ici ton Gabriel ?
- Il est là en client, et tu oublies le possessif. Tu comptes m’entraîner jusqu’où comme ça ?
- Eh bien... Je pensais t’inviter à dîner quelque part. Enfin... pas toi... une autre. Tu sais, une de tes Julie... celle qui me poursuit depuis un certain soir. J’ai quelque chose à rattraper avec elle, ou à me faire pardonner.
- Oh ! Celle-là ? Exactement la même ?
- Tu pourrais la réveiller, dans le moindre détail ?
- Je te promets qu’il n’y manquera rien, mais, pour cela, je dois passer chez moi... à l’appartement... tout ce qui peut te la rendre s’y trouve.
- C’est encore mieux. Je t’y dépose et je t’y retrouve à dix-neuf heures. Ça ira ?
- Si tard ! Julien...
- Allez, monte, dépêche-toi !
- Pourquoi ? Rien ne presse, j’ai tout mon temps.
- Pas moi, une course importante que je ne peux remettre.
- Où ?
- Sais-tu ce qui arrive aux individus trop curieux ?
- Non. Et je ne te donnerai pas la satisfaction de m’en faire une démonstration. À ce propos, tu n’as rien... à me dire ? Pour...
- Non, rien de nouveau. Plus tard, Julie... pour le moment, je ne veux penser qu’à nous.
    Blottie contre lui, l’esprit fermé aux pensées tristes. Il veut la Julie de ce soir-là, et elle va la lui rendre, aussi scintillante, aussi... Chameau ! Lui qui disait la préférer au saut du lit.
    Arrivée au bas de l’immeuble, elle est sortie du véhicule, sans un baiser, sans un regard en arrière. Déjà prise par son personnage. Cette nuit-là.
    Celle où elle a tant souffert et il a le culot de la lui faire revivre. Que déduire de toutes ses cachotteries ?
Ses clés ! Pas encore... Non, elles les a.
    C’est cette Julie-là, qu’il veut ! Il va être servi.
    Un soin attentif à ne rien omettre. Zut ! Les cheveux, plus la même teinte, à cause de trop de soleil. Tant pis, il s’en accommodera.
Elle redevient sirène, un plaisir oublié.
Elle réalise, qu’en effet, depuis quelque temps, elle n’a plus le besoin de jouer, de se dissimuler.
Les fards ? Rien de plus qu’un geste habituel. Une habitude ? Pour elle ? Il est temps de se reprendre, sinon, il va s’ennuyer.
Elle a dû lui devenir monotone ; et elle ne s’en est pas rendue compte. Et son exigence n’est, sans doute, qu’une façon gentille de la secouer... seulement cela.
La dernière touche, la poudre d’or. Et sa bouche. À peine un soupçon de rouge. Voilà... c’est fait... tout y est !
La robe, les chaussures. Fini !
Et le carillon de la porte... Pile à l’heure.
Son sac, son châle, le même geste qu’autrefois, celui de lisser sa robe, de voiler son regard, mais inconsciente d’une autre attente, presque timide.
- Julien, je suis prête.
- Vous êtes merveilleuse, Mademoiselle Julie Gaillette. Nous y allons ?
    « Vous ? » Il reprend tout au début ! Autant jouer le jeu.
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