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Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

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Poudre d'or - Chapitre 16

    - Mais de quel droit vous mêlez-vous des contrats que je traite personnellement ? Vous n’aviez pas à intervenir. Nous aurons de la chance si ce brave Ronaldo ne nous fait pas une crise cardiaque, vous alliez l’étrangler avec vos exigences. Qu’espériez-vous ? Un « bravo Julien ! » ? C’est raté !
    Plus qu’agacée : une écorchée vive ! Debout, appuyée des deux mains au plateau de palissandre sur lequel demeurait ouvert le dossier cause de leur querelle, Julie, colère pure dirigée contre un homme tout aussi furieux qu’elle, sans baisser le regard, sans qu’il détournât le sien.
- De votre part, Julie ? Je n’y compte guère. En revanche, ce client nous doit la bagatelle de six mille euros ! Et vous continuez à œuvrer pour lui ! C’est une aberration, un non-sens ! Par ailleurs, j’ai constaté également que vous confiez à sa rédaction des travaux que n’importe qui, chez nous, pourrait exécuter.
- « Constatez » ce que bon vous semble ? Pour votre gouverne, sachez qu’il y a six mois il nous en devait plus du triple. Je connais cet homme, son entreprise, les gens qui la font fonctionner. Ils traversent une mauvaise passe. Comme beaucoup. Comme nous, à un moment.
- Ce n’est pas une raison suffisante pour aider une potentielle concurrence ! Que souhaitez-vous ? Que sa société devienne florissante, puissante et par cela une menace pour notre avenir !
    Julie serra les poings. Où se croyait-il ? Qu’imaginait-il ? Qu’elle allait le supporter encore longtemps parmi eux ! Capable, sérieux, compétent, soit ! Mais de là à s’immiscer dans un domaine où il n’avait rien à faire... C’était la porte ouverte à tous les abus.
- Nôtre ? Vous ne faites que passer ici, Dieu merci ! Je les connais pour y avoir fait mes premières armes, j’ai démissionné au moment de mon mariage et j’y ai été accueillie à bras ouverts après mon divorce, au même poste, et sans qu’un seul émette une réserve sur mon efficacité. Croisez-vous souvent des individus de cette qualité ?
- Je ne mets pas en cause la valeur de ce geste, mais seulement votre manière de concevoir la gestion de ce service.
    Elle le savait ! Dès le premier jour, un de ceux qui analysent mieux que chacun ! Que connaissait-il de cette affaire ?
- Têtu, aveugle ou stupide ? Que choisissez-vous ?
- Vous dépassez les bornes !
- Vraiment ! Si je ne les avais pas soutenus, nous aurions pris le risque de perdre l’intégralité de notre créance. Parfois, il faut savoir donner du lest ! Les mettre en demeure d’honorer leurs échéances ? Les réduire à la faillite ? Qu’y aurions-nous gagné ? Alors... J’attends votre avis sur la question ! On se tait ?
- À quoi bon s’entretenir avec quelqu’un qui pense avoir raison en tout !
    Et c’était lui qui osait avancer un tel argument !
- Moi ? Cessons là ! En revanche, dispensez-vous, à l’avenir, de mettre votre grain de sel là où il n’est pas souhaité ! C’est clair ?
- Très ! Et vous, apprenez à respecter vos rendez-vous. Ce vieil homme, pour lequel vous semblez tant vous préoccuper, maintenant du moins, attendait votre bon vouloir depuis plus d’une heure !
    Là, ce mufle marquait un point ! Mais comment pouvait-il concevoir qu’entre le vieux Ronaldo et elle, la situation n’était pas ordinaire ?
- Ce n’était pas votre affaire. Se contenta-t-elle de répondre/
- Mais c’est lui qui m’a remis les documents ! En me priant d’y jeter un œil pour savoir si tout était en ordre.
- Assez ! Un regard ne veut pas dire une décision. Sachez rester à votre place, et tout ira bien dans ce foutu monde ! D’ailleurs, sans vous... Vivement que tout ceci s’achève. Neveu ou pas d’Ed Musslër, vous n’avez pas votre place ici ! Si cela ne dépendait que de moi, il y a longtemps que vous auriez vidé les lieux !
- Julie... Vous le pensez vraiment ? Ainsi ces bruits de couloirs sont fondés. Et moi... je refusais d’y croire !
    Une cassure dans la voix de Julien. Julie ne s’y attendait pas. Trop nette pour l’ignorer ou refuser de l’entendre.
Sincère également la stupéfaction triste dans les yeux de Julien ?
- Qu’insinuez-vous ? De quoi parlez-vous ? Tout ceci va trop loin. Je ne voulais...
- Quoi donc ? Mais vous avez raison, c’en est assez pour le moment. Puis-je disposer... Madame « Le Directeur » ?
- N’en rajoutez pas !
- Bien madame. Quoi d’autre ?
- Ne me poussez pas à bout !
- Loin de moi cette idée ! Madame sait où me trouver.
    Et Julie qui était prête à lui présenter des excuses, à tenter d’en revenir à leur entente d’hier, sentit enfler en elle des vagues de colère, aussi violentes, aussi amères et aussi difficiles à refouler que la peine qu’elle éprouvait devant les sarcasmes de Julien. Qui était le vrai responsable de ce conflit ?
- Je crois que je vous hais.
- Je le sais, Julie, c’est d’ailleurs une évidence pour tous ici !
    Il déraillait ! À quel moment avait-elle manifesté une quelconque animosité à son égard devant un tiers ? Comment osait-il la soupçonner d’être à l’origine d’une rumeur méprisable dont elle était la première à souffrir. Et comment pourrait-elle le poursuivre d’une vindicte aveugle et imméritée alors qu’elle l’évitait de son mieux et n’avait recours à lui que par l’intermédiaire de Claudine.
Jusqu'à Justine qui semblait lui en vouloir à cause de lui, et David qui était à manipuler avec des pincettes dès que le prénom de « Julien » était évoqué entre eux !
- Julie, serait-il, pour une fois, possible d’avoir un entretien calme et constructif ? D’ailleurs, je ne vous vois plus, plus moyen de vous parler, à croire que vous n’avez jamais le temps pour... pour nous.
- Nous ? Comme vous y allez ! Un membre de l’équipe, sans plus, qui doit obéir...
- Et se taire ? C’est nouveau ou seulement à mon intention ?
- Non... Julien... Oubliez cela, je suis désolée.
- Pas plus que moi.
- Reconnaissez votre erreur et ne parlons plus du reste.
- Bien volontiers, voilà... je me suis trompé. Satisfaite ? En revanche, je n’ai pas à accepter votre attitude. Rassurez-vous, Julie, je pars, j’ai pris mes dispositions en début de semaine.
- Vous partez ! Comment ? Sans en avoir discuté avec... avec moi... Bravo ! Et vous imaginez que je vais m’incliner devant une décision aussi insensée!
- Vous n’avez aucun pouvoir en ce qui me concerne.
    Hébétée, complètement désorientée, Julie ne savait plus que dire. Et maintenant ? Qu’avait-elle gagné dans cette stupide guerre d’usure qu’elle avait déclenchée entre eux ?
- C’est ce que vous croyez ! Et puis... partir... mais pour aller où ? Que comptez-vous faire ?
- Que vous importe du moment que je vous débarrasse de ma présence, c’est bien ce que vous souhaitiez, non ?
- Non ! C’est faux ! S'écria Julie, tremblante d'indignation. 
    Tendue pour maîtriser une soudaine envie de pleurer elle sursauta à la brutale  ouverture de la porte du bureau. Qui se permettait d’entrer ainsi ? Claudine ne saura donc jamais s’en tenir aux ordres reçus ?
- J’ai dit que je ne voulais pas être dérangée ! Cria-t-elle à l’intention de la silhouette qui avançait vers elle, et se figea un instant, bouche bée.
- Ed ? Murmura-t-elle… Si je m’attendais...
- Ma chère Julie ! Quel plaisir de vous revoir, surtout dans une forme si...détonante ! Et toi, Julien, j’ai entendu dire que tu te pensais au mieux de ta condition physique.
- Les nouvelles vont vite, et il était inutile de te déplacer pour t’en assurer. Mais je doute que ce soit la seule raison à ta présence ici.
- Seulement t’entretenir de l’idée complètement folle de remettre les pieds sur ces satanées plates-formes.
- Julien ! S’exclama Julie, la gorge nouée. Ce n’est pas vrai, vous n’allez pas vous exposer de nouveau... Vous oubliez votre état !
- Ce que je fais de ma vie ne vous regarde pas, Julie, souvenez-vous, c’est le seul point sur lequel nous sommes d’accord. Ed, nous en discuterons plus tard.
    Elle n’entendait plus rien, l’imaginait pris, englouti par l’une de ces affreuses et démentes sautes d’humeur dont les océans étaient coutumiers. C’était trop tôt !
Bien sûr, elle comprenait Julien, elle acceptait son désir de retourner à sa vie, à celle qu’il avait choisie, mais pas déjà... pas si vite ! Il prenait ainsi un trop grand risque... il n’était pas vraiment rétabli, il avait besoin de soins et d’attentions, et elle devait le retenir, le protéger de lui-même, et lui donner le temps et les moyens de revenir à ses passions sans faiblesse, de même qu’autrefois… aussi fort qu’avant !
    Elle ferma les yeux, ne voulant plus voir ses traits tirés par la fatigue, la tension qu’elle lui avait imposée. Une revanche ? Plus que cela ! Pour la première fois de sa vie, elle avait fait preuve de cruauté envers quelqu’un. À cause de...
    Comment pourrait-elle oublier les rires de Justine, la joie de sa nièce en lui contant la gentillesse de Julien, le film qu’ils étaient allés voir, ensemble, le repas qu’ils avaient partagés, les veillées « fantastiques » dans l’un des bistrots de la Plaine. Toutes leurs sorties, dont David était exclu ! Et elle, surtout.
    Et maintenant ?
- Julie ? Si vous consentiez à revenir parmi nous, vous me seriez d’un grand secours !
- Pardon, Ed. Vous disiez ?
- Je suggérais un déjeuner à trois, au cours duquel nous pourrions combiner une espèce de... d’association à... deux.
- Avec lui !
- Avec elle !
    Julie ne put retenir un sourire, se souvenant… les mêmes mots... ceux de Justine et David, lors de leur première rencontre, à leur première querelle… Sourire qui disparut très vite.
Mais elle tenait peut-être la solution à leur problème.
- C’est à étudier, qu’en pensez-vous Julien ?
- Que nous ne pourrons pas nous entendre. Voyez où nous en sommes sans enjeu véritable, que vous faut-il de plus pour vous en persuader ? Et puis, je préfère me tenir loin de... de… enfin… reprendre ma vie en mains, c’est tout. Et à ma façon !
- Eloigné de quoi ? De qui ? De moi ? Alors c’est à cause de moi... Vous partez simplement pour cette raison !
- Pas uniquement, mais reconnaissez que... entre nous, rien n’a jamais été commode et... Julie, vous savez pertinemment pourquoi !
    Julie fixa Julien, bouche ouverte, les yeux ronds. Ainsi donc, elle serait la seule coupable ? Vraiment ? Eh bien, s’il ne savait pas de quoi elle était capable, il était temps pour lui de s’y préparer ! S’aventurer hors de la ville, de sa sécurité et des soins qui lui étaient nécessaires ? Elle pouvait l’empêcher.
- C’est votre dernier mot ?
- Je suis navré… mais non… cela ne marchera jamais !
- Parfait ! Je savais déjà que vous ne m’appréciiez pas, mais j’étais loin d’imaginer une telle aversion à mon égard.
- Vous vous égarez, je ne peux pas croire que vous pensez sincèrement ce que vous dites !
- À votre avis ? Y a-t-il lieu de supposer différemment ? Je ne veux plus rien entendre. Vous êtes le seul responsable de cette situation. Ainsi donc, sans moi, vous accepteriez de rester ? Très bien, vous avez choisi ! Ed, je vous l’abandonne, tachez de le convaincre, la place est libre, je démissionne !
- Julie !
    Ils l'appelèrent, d'une même voix, porteur du même étonnement, totalement incapables de réaction devant elle, ramassant son sac à la volée, ses clés... Deux pas... Et un silence total succédant à la porte claquée avec sécheresse.
- Nous voilà bien ! Julien peux-tu m’expliquer ce qui s’est passé entre vous.
- C’est compliqué... et... je suis seul fautif. Ne tiens pas compte de sa sortie.
- Aucun risque ! Nous allons lui donner le temps de se calmer puis... nous aviserons. Alors, comme ça, c’est à toi que je dois tous ces ennuis.
- J’en suis navré, crois-le bien.
- Sans doute, mais, en attendant, je n’ai plus personne pour diriger tout mon petit monde, alors... tes envies de départ, tu peux les oublier, et débrouille-toi pour que la maison tourne rond.
- Moi… Ici ? Mais… Oh… Finalement, tout bien réfléchi, je crois que c’est elle qui a gagné !
- Penses-tu, une malheureuse impulsion, rien d’autre, que vas-tu chercher !
- Oui, c’est ça ! En plus du reste, prends-moi pour un naïf !
- Je n’oserais jamais. Je te laisse, fils, tu as du pain sur la planche ! Et puis, si tu as besoin d’un renseignement, n’hésite pas à l’appeler !
- Qui ? Julie ?
- Oui, elle se fera un point d’honneur à ne pas nous laisser dans l’ennui ! Je la connais.
- J’en doute ! Pas aussi bien que moi.
- Crois-tu ? Toujours aussi obstiné, à ce que je vois. Rejoins-moi à midi, nous déjeunerons ensemble, et je pense arriver à attraper le vol de seize heures.
- Tu t’en vas sans te préoccuper de ce tu me laisses sur les bras ?
- Tu es un grand garçon ! Bon courage !
    Ed Musslër s’éloigna en sifflotant. S’attarder sous ce soleil ? À voir ce qu’il en était de ces deux-là, il était plus prudent, pour lui, de regagner au plus tôt son brouillard londonien, sa Tamise et le flegme britannique. Quoiqu’il soit prétendu à leur sujet, il n’y avait rien de plus reposant !
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