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Ce blog est une invitation à partager mon goût pour l'écriture, à feuilleter les pages de mes romans, à partager mon imaginaire. Des mots pour dire des sentiments, des pages pour rêver un peu.

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Poudre d'or - Chapitre 23

Julien avait réintégré le cadre brouillon et chaleureux qu’il était fermement décidé à abandonner trois jours plus tôt.
Sa mère devait être sur le point de rejoindre Paris, le cœur plus léger, avec le sentiment d’avoir regagné un fils. Toute tension entre eux effacée, ils avaient restauré leurs rapports d’autrefois, empreints d’une complicité un peu ironique, taquine et affectueuse.
À son réveil, dans cette chambre d’hôpital, il avait eu la fâcheuse surprise de la trouver à son chevet. Contrariété qu’il n’avait pu dissimuler, encore pris dans les brumes de l’anesthésie.
Bien moins après avoir appris à qui il devait de se retrouver dans une telle situation, jurant à qui voulait l’entendre qu’il saurait bien, à l’avenir, contraindre une certaine personne à se mêler exclusivement de ses affaires.
Ce qui lui avait amené, en réponse, le sermon le plus virulent qu’il ait eu à endurer depuis des décennies.
- T’en prendre à elle ? Je voudrais bien voir ça ! Avec tout le mal qu’elle s’est donnée pour toi ? Tu lui as occasionné assez de souci, crois-moi. Comment oses-tu montrer autant d’ingratitude alors qu’elle a remué ciel et terre pour retrouver ta trace, et surtout après qu’elle t’eut veillé une bonne partie de la nuit ! Bien la peine de gaspiller tant de pleurs pour un individu sans cœur de ton espèce ! Tu sais, elle ne t’a laissé que la mort dans l’âme.
L’étrange impression de revivre un rêve, et plus tellement certain qu’il ne s’agissait que de cela. Une réalité que les doigts unis aux siens, et les murmures à son oreille ? Et le goût de larmes sur sa bouche ? Julie, près de lui, il pouvait l’admettre, mais l’imaginer, elle, si rebelle, si fière, pleurer pour lui ! Non... pas une seconde !
- Et furieuse après toi et ton fichu caractère. Ça, elle m’a priée de te le répéter. Julie ne semble pas du tout apprécier cet aspect de ta personnalité et moi, vois-tu, je partage entièrement son avis.
    Voilà qui lui ressemblait davantage !
En revanche il aimerait en savoir un peu plus sur ce qui s’était passé, à l’hôpital, entre ces deux femmes si différentes. Julie, Julie ! Comment s’y était-elle prise pour séduire sa mère ?
- Dis, entre nous, elle est ravissante. Elle me plaît bien, tu sais. Alors... si tu me racontais ?
Qui pourrait résister à la curiosité insatiable de sa mère !
Il s’était toujours débrouillé pour la maintenir à distance de sa vie personnelle. Alors pourquoi le besoin, en lui, cette fois-ci, de se laisser aller et la satisfaction, ensuite, de l’avoir autorisée à le suivre sur le chemin des confidences.
Pour l’heure, Julien était assis sur la balancelle, maudissant un bras gauche complètement immobilisé, recherchant un peu de la fraîcheur que devrait offrir une fin de crépuscule.
Sur ses genoux, un papier froissé, tache d’or terni.
La nuit était toute proche, et pourtant la chaleur persistait. Bien plus, elle semblait suinter du moindre objet et émaner du sol, occupant l’espace, alourdissant l’air jusqu'à ce qu’il en devint oppressant.
La fin du mois de juin, aux portes de l’été, sous un ciel menaçant, un ciel d’orage. Fichu Midi ! Quand ce n’était pas le Mistral qui affolait les esprits, c’était la pluie qui menaçait faire déborder le Vieux Port !
Dans le jardin, autour de lui... un bruissement particulier. Les arbres s’animaient et frémissaient pour exprimer une attente, une espérance joyeuse et vivante. À croire qu’ils devinaient l’ondée apaisante... Devant lui, ils en appelaient les premières gouttes, les invitaient à s’abattre sur eux, à s’offrir à leurs feuilles assoiffées et Julien, fermant les yeux, flaira, à pleins poumons, l’odeur de la terre avant l’averse.
Il la voudrait violence, à la mesure du désir de vivre qui renaissait en lui.
Il avait perdu beaucoup de temps. Bien trop ! Entre ses doigts, l’enveloppe gisait... Un jour ou l’autre, il devra bien se résoudre à contacter Julie, pourquoi ne pas s’y mettre sur-le-champ ? Un numéro à composer sur un cadran, rien de bien compliqué, seulement un premier pas... Le plus difficile.
Une voix l’interpella, l’arrachant de ses pensées. Une silhouette familière à la grille... Justine ? Que lui voulait-elle si tard ?
Ne pouvait-elle le laisser en paix poursuivre un rêve ? Pourquoi l’agaçait-elle autant ? Pour être trop présente, et s’imposer à lui, à tout instant ? N’avait-elle rien de mieux à faire, ni personne près d’elle pour la divertir ?
Mais surtout, qui l’autorisait à venir, ainsi, le distraire d’une autre ?
- Julien... vous êtes enfin de retour !
Elle était si jeune, semblait si fragile qu’il dissimula tout agacement, se contentant de freiner son exubérance.
- Doucement, petite, pitié, pas de bousculade.
- Votre bras ! Pardon. Cela a dû être pénible pour vous.
- Je n’ai pas trop à me plaindre, ça passera.
- Vous m’avez manqué... Si vous saviez !
- Au point de vous déplacer à cette heure ? Je suis désolé, Justine, mais il est tard, je suis fatigué et je n’aspire qu’à un peu de repos.
- J’ai eu très peur...
- Il n’y avait vraiment pas de quoi.
- Je sais, puisque vous êtes là. Mais je vous ai imaginé... perdu pour toujours... J’ai cru que vous étiez parti sans moi, sans me le dire et j’ai tellement besoin de vous. Ne me quittez plus, plus jamais !
Julien, stupéfait, fixait le visage levé vers lui, les yeux mi-clos, la bouche offerte !
Il n’avait rien compris, rien deviné.
Trop pris par ses problèmes, obsédé par l’image de Julie, la recherchant partout, même à travers sa nièce, il n’avait pas vu ce qui se passait dans l’esprit d’une gamine
Pourquoi lui ? Il avait sa dose de quiproquos et de situations absurdes. D’abord, il devait la détacher de lui, et ensuite... ensuite … Comment ne pas la blesser ?
Autant agir rapidement, de même que pour une intervention chirurgicale... Il en avait l’habitude, il en sortait justement. Une méthode radicale...
- En voilà assez !
- Vous êtes fâché ? Après moi ?
- Pas seulement... Justine, je crois que feriez mieux de rentrer chez vous.
- Je n’en peux plus de me taire...
- Et pourtant, je vous conseille de ne plus ajouter un mot !
- Julien ! Vous ne pouvez nier ce qui existe entre nous.
- Quoi donc ? Rien qui ne soit né de votre imagination.
- Ce que nous avons partagé, toutes ces heures...
- Je n’ai fait qu’accepter, pour vous faire plaisir, quelques escapades innocentes. Quand vous ai-je laissé espérer davantage ?
 PREMIERE correction en cours /correction temps
- Je ne veux pas, je sais que vous mentez. Pourquoi ? À cause de notre différence d’âge ? Qui vous incite à agir ainsi ? Qui se cache derrière tout ça ?
Allons bon ! Voilà autre chose, il n’en sortira pas !
- Justine, vous êtes une jeune fille ravissante, pétrie de qualités, mais... je ne vous aime pas. Pas ainsi que vous le mériteriez.
- J’attendrai ! Vous apprendrez... je sais que...
- Non ! Ne comprenez-vous pas ? Mon cœur, mes pensées sont pleins d’une autre, tout en moi, sans rien en distraire, est uniquement occupé par elle.
- Qui ? Julie ?
- À quoi vous servirait-il d’en savoir plus ?
- C’est elle, j’en suis certaine... Qui d’autre, sinon... ? J’aurais dû m’en douter. Et puis l’intérêt que vous montrez pour tout ce qui la concerne, tout ce qui... même en ce moment... Vous l’avez gardée ?
- Quoi donc ?
- Cette lettre.
- Un oubli.
- Non, c’est volontaire, un moyen pour vous de... de la retrouver quelque part. Je le sais, ne me mentez pas, ce serait pire que tout. Vous l’avez lue ?
- Pas sans son autorisation. Mais pour ce qui est du reste, vous ne vous trompez pas.
- Je suis... désolée. J’ai été stupide, non, pire que cela, si vous saviez ! Qu’ai-je fait ! Julie, vous ! Il faut me pardonner.
Julien, navré de son évident chagrin, s’efforça d’adopter un ton léger..
- Nous partageons les responsabilités, j’aurais dû être plus attentif. C’est oublié, nous n’en parlerons plus.
- Julie n’a pas mérité cela.
- Mais quoi donc ? Voyons ! Justine, c’est fini, vous n’allez pas pleurer. Tenez, le ciel vous devance, n’ajoutez pas vos larmes aux siennes.
- En voyant cette enveloppe, je me suis souvenue de... Je n’avais pas le droit.
- Venez vous mettre à l’abri.
Le voilà avec une gosse en pleurs sur les bras, et sans autre alternative que de l’entraîner à l’intérieur !
- Asseyez-vous, le temps de vous calmer.
- J’ai honte, je me suis comportée comme...
- Il n’y a rien de réellement grave dans tout ceci et ça restera un secret entre nous deux. Alors ? Et cette lettre ? Si vous m’en parliez un peu. Que raconte-t-elle ?
- Disons qu’on y retrouve l’amour de Julie pour une enfant, pour la fillette que j’étais. Mais pas uniquement dans celle-là, dans chacune, dans toutes les autres.
- C’est pour cela que vous les aviez prises sur le bureau ?
- Oui, elles sont si belles ! J’ai eu soudain envie de les relire, de m’y replonger.
- Pourquoi les lui avoir confiées ?
    La jeune femme se leva, alla jeter un coup d’œil au-delà de la fenêtre. Combien elle ressemblait à Julie ainsi ! Le même regard qui se perdait, se faisait absent, la voix jumelle qui racontait... la même démarche hésitante, comme si par ces déplacements les mots s’ordonnaient mieux pour fuser plus librement.
- J’étais persuadée qu’elles n’existaient plus. La place de ma tante dans ma vie...
Lorsqu’elle avait décidé de devenir indépendante, Julie l’y avait encouragée ! Et secondée : pour trouver le studio idéal, dans un quartier qui répondait à de sérieux critères de sécurité et de tranquillité, pour s’organiser dans de bonnes conditions. Le meilleur avocat du monde auprès de ses parents, et la promesse de toujours être disponible pour l’épauler, à laquelle elle n’avait jamais failli.
Julie encore, qui l’avait aidée à emballer ce qu’elle avait voulu voir l’accompagner dans son nouvel univers.
- Ces lettres, nous les avons retrouvées ensemble. Si j’avais été seule, je crois que j’aurais fini par les jeter, alors j’ai préféré les lui remettre.
- Elles font partie de son trésor caché. Quelques lignes...
- Mais pas une banale correspondance. Quand j’en recevais une...
Ses parents, ses frères, s’animaient devant elle. Un réel talent, pour les lui rendre présents. Et ses jouets préférés ! Un vieil ours déformé et martyrisé, une poupée, des marionnettes, ils sont devenus, à la fois, acteurs et narrateurs d’une vie de famille à laquelle elle n’appartenait plus.
- Elles portent l’adresse d’un centre de soins, en altitude.
- Rien de très grave, une alerte, une inquiétude au sujet d’un possible ennui pulmonaire et l’envoi immédiat, à quelques jours de Noël, dans un Préventorium. À mon désespoir et celui de ma famille.
- Alors Julie vous écrivait pour vous distraire de votre solitude.
- Oui, mais, en fait, ce n’était pas elle qui tenait la plume. Plutôt l’un de mes compagnons de jeux, à tour de rôle et pour chacun un style différent.
Il la surprend à sourire, d’évoquer son ours, borgne parce qu’elle le préférait ainsi, aux poils englués de chewing-gum, aux coutures presque éclatées par ses soins, lui raconter sur un ton bourru, les anecdotes survenues depuis son départ, soulignant qu’il y était contraint et forcé par l’amour à demi aveugle qu’il portait à sa tortionnaire.
Rire presque aux écrits de Bécassine, espiègle et sotte à souhait et se moquer de ceux de la petite snobinarde à la robe d’organdi qui trônait sur la commode de sa chambre.
- Tout cela de Julie ?
- Il reste le plus merveilleux. Cette enveloppe dorée, oui, celle-là même.
- Eh bien?
- Si vous la secouez, il devrait encore s’en échapper quelques poussières d’or et d’argent mêlées.
     Le geste machinal d’obéir, de s’exécuter pour constater qu’effectivement... Une trace irisée d’éclats de lumière sur les doigts, une feuille d’un bleu d’aube naissante où dansent des lignes d’or pur et une étoile de tulle d’argent...
- Je le savais ! Je vous ai dit que c’est arrivé avant Noël, et c’était une situation très dure pour moi... j’avais tout juste dix ans... Maman est restée près de moi, quelques jours, mais...
Il lui a bien fallu rentrer pour s’occuper du reste de la maisonnée... et Justine a pleuré, beaucoup... longtemps... Et puis, une lettre... de Julie. Bien elle, ses mots, sa manière à elle. Qui se plaignait d’être ennuyée, chaque nuit, par un minuscule lutin aux ailes étincelantes, à cause d’elle, sa nièce. Et qu’il fallait que cela cesse.
- Elle vous a grondée ?
- Pas vraiment, mais...
Elle a appris, à cette occasion, que certaines étoiles sont chargées de veiller et de consoler les enfants tristes ou malades, et que tous ces points lumineux qui émerveillent chacun ne sont que poussière impalpable et magique.
- Ne me demandez pas de vous prouver quoi que ce soit, croyez-le, juste pour le plaisir.
- Et que voulait cet elfe envahissant.
- Que mes pleurs tarissent. Une larme, une seule...
Il n’est rien de plus dangereux pour celles qui glissent silencieuses autour de l’univers, car une seule goutte d’eau pouvait en dissoudre des centaines.
- Ne souriez pas, Julien.
Et suggérer, pour le convaincre, de regarder le ciel, une nuit de pluie. Là, à l’instant... qu’il lève les yeux... voit-il des étoiles ? Non ? Evidemment ! Elles ne sont pas sottes, elles se cachent.
Une seule condition à satisfaire pour que la fée intergalactique s’approche, se pose sur son lit et lui murmure des contes enchantés... source de tous les rêves d’enfant. S’endormir, sans crainte et sans chagrin.
- Vous y avez cru ?
Jusqu’au bout et au point qu’il n’y a pas eu de petite fille plus sage qu’elle tout au long des six mois nécessaires à son rétablissement. Et certainement, la seule à avoir sangloté au moment de quitter les lieux ! Mais pour l’enveloppe que Julien tient encore entre les doigts, elle n’oubliera jamais le bonheur intense ressenti lorsqu’elle l’a trouvée sur son lit, et sa chambre... les murs éclaboussés de poudre scintillante ! Sans oublier de mesurer la difficulté à trouver une complicité sur place.
- Difficile ? Pas pour la Julie que nous connaissons, elle porte, en elle, autant d’astuce que d’imagination.
- Je lui ai fait du mal, et à vous aussi.
- Qu’avez-vous à voir entre nous ?
- Plus que je ne le voudrais. Je vous laisse.
- Non. Avant, expliquez-vous.
- Plus tard. Prenez soin de vous, et... la lettre... vous pouvez la lire.
- Vraiment ?
- Elle a été écrite pour adoucir la peine d’un enfant malade et solitaire, elle fera l’affaire dans votre cas. C’est peu de chose... rien d’autre qu’un conte... de ceux qui donnent le goût du rêve et l’envie de merveilleux...
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